Camus, Albert... commis Caligula

Publié le par am phot'saone

Camus, Albert... commis Caligula

Quelques phrases saisies dans ce livre d'Albert Camus, Caligula - entamé en 1938 (le premier manuscrit date de 1939), et publié pour la première fois en mai 1944

- où prenez-vous qu'il s'agisse d'amour ?

- et de quoi d'autre?

- le foie peut-être. Ou le simple dégoût de vous voir tous les jours. On supporterait tellement mieux nos contemporains s'ils pouvaient de temps en temps changer de museau. Mais non, le menu ne change pas. Toujours la même fricassée.

- je préfère penser qu'il s'agit d'amour. C'est plus attendrissant.

- et rassurant, surtout, tellement plus rassurant. C'est le genre de maladies qui n'épargnent ni les intelligents ni les imbéciles.

- de toute façon, heureusement, les chagrins ne sont pas éternels. Etes-vous capable de souffrir plus d'un an ?

- moi, non.

- personne n'a ce pouvoir.

- la vie serait impossible.

PAGE 21
- Ce garçon aimait trop la littérature.
- c'est de son âge.
- mais ce n'est pas de son rang. Un empereur artiste, cela n'est pas convenable. Nous en avons eu un ou deux, bien entendu. Il y a des brebis galeuses partout. Mais les autres ont eu le bon goût de rester des fonctionnaires.
page 36
Caligula: ... je viens de comprendre enfin l'utilité du pouvoir. Il donne ses chances à l'impossible. Aujourd'hui, et pour tout le temps qui va venir, la liberté n'a plus de frontières.
page 97
Caligula: ... L'erreur de tous ces hommes, c'est de ne pas croire assez au théâtre. Ils sauraient sans cela qu'il est permis à tout homme de jouer les tragédies célestes et de devenir dieu. Il suffit de se durcir le coeur.
Scipion: Peut-être, en effet, Caïus. Mais si cela est vrai, je crois qu'alors tu as fait le nécessaire pour qu'un jour, autour de toi, des légions de dieux humains se lèvent, implacables à leur tour, et noient dans le sang ta divinité d'un moment.
 
Camus dans ses Carnets révélant un projet d'épilogue pour Caligula :
« Non, Caligula n'est pas mort. Il est là, et là. Il est en chacun de vous. Si le pouvoir vous était donné, si vous aviez du cœur, si vous aimiez la vie, vous le verriez se déchaîner, ce monstre ou cet ange que vous portez en vous. Notre époque meurt d'avoir cru aux valeurs et que les choses pouvaient être belles et cesser d'être absurdes. Adieu, je rentre dans l'histoire où me tiennent enfermé depuis si longtemps ceux qui craignent de trop aimer. »

 

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