Hommes du verre – Les Verriers de la Rochère

Publié le par agnes m

Hommes du verre – Les Verriers de la Rochère

Hommes du verre – Les Verriers de la Rochère - Auteur : Noël Barbe

Collection Patrimoine ethnologique – Editions Cêtre, Thise-Besançon

« Au début il faut en prendre plein les yeux, après on peut essayer de comprendre », disait un verrier me parlant de son travail, de mes essais de décryptage de ses gestes. Au cours de la première phase, l’image qui pour beaucoup, vient à l’esprit, est celle de la danse. Les déplacements réglés, la particularité des postures du corps leur évoquent cette discipline artistique. Passé ce stade, le rôle bien précis de chacun, la hiérarchie des tâches et la précision de leur imbrication, le rythme soutenu du travail renvoient davantage à l’image de la ruche. Mais ce qui est avant tout nécessaire à ce travail c’est la transparence des gestes de chacun par tous. Matière et travail… »

Hommes du verre – Les Verriers de la Rochère

Fondée en 1475…

« Au premier contact de la Verrerie et Cristallerie de La Rochère, l’un des faits les plus prégnants, les plus visibles de l’image que donne à voir la direction d’entreprise tant dans les discours oraux que dans les documents écrits, est son ancienneté revendiquée. « Fondée en 1475 », elle serait la plus ancienne verrerie de France encore en activité aujourd’hui. Cette date est devenue partie intégrante du logo de l’entreprise. Elle est déclinée sur son papier à en-tête, sur les bâches des camions de l’entreprise qui livrent les produits finis et apportent certaines des matières premières, sur les différents documents à destination de l’extérieur de l’entreprise.

Chaque année, la verrerie fait éditer un grand nombre de dépliants publicitaires invitant le public à la visiter et à déambuler dans le local de vente directe, un ancien hallier où était mis à sécher le bois. La première page est occupée par un cliché de verrier encadré de la phrase : Visitez La Rochère verrerie fondée en 1475. Un demi-millénaire de tradition d’art verrier ». L’essentiel du paragraphe portant sur l’historique du site est occupé par le récit de la création de l’activité verrière à La Rochère et par la citation de l’acte d’accensement correspondant :

« Charles de Beauvau, Seigneur de Passavant, cède et abandonne à titre de propriété absolue à noble homme Simon de Thyzac, écuyer et verrier, toute la place et faye dit aux Rochiers, sur le rupt de la Morteau, avec droit de chasser en forêt de Passavant à bètes grosses, noires et rousses, et toutes autres bêtes, à chiens et harnois, quand il lui plaira, et de faire verres gros et menus et de couleur, moyennant six petits florins ».

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De porteur à l’arche à poseur de jambe

« Si la place est un espace de coopération, elle est aussi un espace hiérarchisé où, selon le savoir accumulé, chacun est classé du moins qualifié au plus qualifié dans l’ordre suivant : cueilleur de jambe, cueilleur de pied, cueilleur maillocheur, mouleur, poseur de pied, poseur de jambe, ouvreur. Le « chef de place » responsable de l’équipe est le poseur de jambe sur les chantiers de verre et l’ouvreur sur les chantiers de grosses pièces. Le poseur de jambe est aussi appelé « premier souffleur », alors que le poseur de pied est le « second souffleur », le mouleur le « troisième souffleur ». Cette hiérarchie du souffle si elle est intéressante parce qu’elle s’appuie sur ce principe, peut cependant paraître curieuse dans la mesure où si les poseurs savent souffler, ils ne le font plus. Peut-être faut-il y voir la primauté dans le temps de l’acquisition d’un savoir.

Apprentissage

« L’apprentissage se fait aussi par imitation, par frayage, en regardant faire les autres. De plus des petits « trucs », des « ficelles » qui facilitent le travail, peuvent être transmises au sein d’une même famille.

Il n’y a pas réellement de discours direct sur un don nécessaire pour faire ce travail. On dit bien qu’il faut « avoir la main », qu’il faut avoir la main douce pour travailler en souplesse et non en force. On dit aussi qu’il faut sentir la matière à travers les outils puisqu’on ne la touche jamais directement tout au moins pour le travail à chaud. Mais ce doigté « se cultive », « s’acquiert ». La répétition des gestes est censée « faire le tour de main ». Cependant, et là apparaît un discours en creux, « même en faisant tout, il y a des gens qui n’y arrivent pas ».

Hommes du verre – Les Verriers de la Rochère

La Verrerie cristallerie de La Rochère est ouverte en décembre, c'est l'occasion d'y choisir des cadeaux originaux pour Noël.

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Noël Barbe est ethnologue, chargé de recherches aux Musées des Techniques et Cultures Comtoises. Il a publié Travaux agricoles en Franche-Comté. Catalogue d'instruments de labour attelé en 1987, La Faïencerie de Salins. Techniques et savoirs en 1990, ainsi que plusieurs articles sur les savoirs techniques et la constitution d'un regard ethnographique sur la Franche-Comté.

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