Rawa Ruska, un camp.... plus loin.... pour ne pas oublier...

Publié le par agnes m

Rawa Ruska, un camp.... plus loin.... pour ne pas oublier...

La fête de Toussaint a été l'occasion d'emmener les jeunes sur la tombe de leurs grands-parents ou arrière grands-parents, qu'ils ont connus un peu, ou pas du tout. Ce ne sont souvent que de rares photos parmi tant d'autres qu'on leur fait regarder un dimanche pluvieux après le café... et encore, pas dans toutes les familles.

Par le jeu des dates de naissance et des générations, certaines familles ont leur lot de photographies de militaires, 1870, 1914, 1940... 1960.... c'est mon cas.

Sur la tombe de mon grand-père est posée une plaque étrange que l'on ne voit pas beaucoup, une plaque avec des barbelés: "A ceux de Rawa-Ruska"
Quand je parviens à "traîner" mes enfants au fil des ans dans les cimetières, je leur répète souvent l'histoire de leur grand-père... mais ils n'écoutent pas, ils sont jeunes...
Cette année, bingo!, ils sont d'accord pour venir. Et mon grand me demande ce qu'est cette plaque étrange, "c'est quoi Rawa-Ruska".
Pour moi "Rawa-Ruska" c'est le camp où a été interné mon récalcitrant de grand-père, un récidiviste de l'évasion des camps de prisonniers; c'est un livre que ledit grand-père m'a donné à lire alors que je n'avais même pas 18 ans, même pas l'âge de mes enfants aujourd'hui : "RAWA-RUSKA, camp de représailles des Prisonniers de Guerre Évadés", de Lucien MERTENS et Jean POINDESSAULT, préface du Général Giraud.
Un petit livre tout jauni édité par les Éditions du Cep (Bagneux) en 1945 - 131 pages de douleurs.... que mon grand-père a dû lire les larmes aux yeux, des souvenirs horribles dans la tête...
Rawa-Ruska, c'est le souvenir de ce que disait parfois ce grand-père, perdu trop tôt: "vous ne savez pas ce que c'est que la faim!"
Extrait du livre, pris au hasard, car je n'aurai pas le courage de le relire en entier, plus tard peut-être...
""Dans le camp, nous essayons de trouver de quoi augmenter l'ordinaire. Certains retournent les poubelles et fouillent les ordures dont ils extraient certaines épluchures. Toutes les orties ont été coupées, cuisinées et transformées en épinards de captifs. Les pissenlits ont été dévorés. Certains mangent de l'herbe."
..."Une autre fois, une voiture chargée de briques demeure quelques seconde abandonnée. L'un des deux petits chevaux ukrainiens, aussi squelettique que nous, est rapidement dételé, emmené, dépecé et partagé. Les hommes veulent vivre."
et pourtant, tout au long du livre, les prisonniers ne songent... qu'à s'évader...
"Malheureusement, nous sommes désespérément faibles physiquement et pour fuir ce camp il faut être fort, car d'immenses marécages, ou l'on risque à chaque pas de s'enliser, des forêts au sein desquelles on devra s'enfoncer des semaines, nous séparent de la Hongrie et de la Roumanie qui sont pour nous les deux centres attractifs".
...
"Il n'y a pas seulement des hommes, avec tout ce que comporte ce terme pour qui veut l'entendre. Des hommes qui ont déjà souffert depuis plus de deux ans, qui souffriront encore et qui le savent, des hommes en lutte permanente contre leurs gardiens, leurs voisins, leurs amis, contre eux-mêmes, en lutte contre tous, contre un destin néfaste qui pèse lourdement sur leur âme effondrée d'agonisants rebelles."
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"Jamais je ne sus les crimes qui furent commis dans cette pièce qui fut immédiatement interdite."...
"Il y a un unique robinet qui débite et débitera de l'eau à notre cité qui comptera jusqu'à douze mille habitants."
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"D'ordre des médecins, il est défendu de boire l'eau qui n'est pas potable. Il paraît qu'avant notre arrivée ici, dix mille Russes sont morts tués par une épidémie de thyphus. Leurs cadavres en décomposition jonchent les environs. Les eaux en sont polluées."
..."Quand nous travaillons à proximité de voies, les convoyeurs du "train de la mort" expliquent à nos sentinelles horrifiées que ls wagons contiennent des juifs trop jeunes ou trop vieux, tous incapables de travailler, et qui, par conséquent, inutiles, doivent mourir. Ils donnent des détails terrifiants."
Rawa-Ruska se trouve très loin de la France, en Ukraine aujourd'hui, plus loin qu'Auschwitz...
"Le camp de Rawa-Ruska, "camp de la goutte d'eau et de la mort lente", comme le désigna Churchill à la radio de Londres, se trouvait près de Lwow (Lemberg), aux confins de l'Ukraine. "
 
Vous pouvez retrouver le nom de ce camp sur plusieurs mémorial en France.
 
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A titre complémentaire et d'information:
1°) ""Pourquoi parler de Rawa-Ruska ?:(Extrait d'un mel )
Il faut continuer à parler de Rawa-Ruska, je suis atterrée car 9 personnes sur dix ne connaissent pas ce camp et encore pire même pas le nom!
Un exemple qui m'a interloquée : Je fais partie d'un groupe philosophique et dernièrement j'ai décidé de transmettre le peu que je savais de Rawa-Ruska à mes amis, une assistance d'une trentaine de personnes, de 30 à 80 ans."
2°) "D’abord une phrase du Général de Gaulle :
"S’il y a eu pour toute l’armée prisonnière un haut lieu de courage, un symbole de la Résistance et de la Déportation ce fut Rawa-Ruska. "
Puis l’appréciation du Colonel Rémy :
"Rawa-Ruska: une résistance plus âpre et plus difficile que celle que j’ai connue aux avant-postes de la résistance."
Enfin la formule de Winston Churchill qui a donné une définition de ce camp gravée dans nos mémoires de survivants :
"Rawa-Ruska est situé dans la région qui détient le record de la souffrance en 1942. C’est le camp de la mort lente et de la goutte d’eau"
En terminant cet exposé sur la résistance au cœur du Reich, il m’apparaît opportun de vous redire, mes chers camarades : souvenez-vous que si vous n’avez pas été les seuls, loin de là, à mener ce combat obscur et trop peu connu, vous en étiez. Restez-en fiers. "
Alfred Grimault
Secrétaire régional de l’association de Rawa-Ruska
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Désolée si, au fil du temps, les liens vers les sites internet, blogs, ne fonctionnent plus... encore la preuve qu'un bon vieux document papier sera toujours indispensable (conservé précieusement... comme cette carte postale issue d'un carton d'archives familiales... mais, à qui vais-je la transmettre, ainsi que le livre ???

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