Marchés passion, un art de vivre... (2/3)

Publié le par am phot'saone

« Marché passion » de Colette Ellen,illustré de diverses photos de Sylvie Girard, Monique Houssin et de Robert Doisneau, et de gravures provenant du Musée Carnavalet et du livre de Massin « Les Cris de la ville ».

Extraits choisis :

Marchés passion, un art de vivre... (2/3)

Un art de vivre

"Il est banal d’exprimer l’attachement aux vieilles pierres, aux ruelles ombragées serpentant dans la ville, banal de dire l’amour des places où veille l’église romane ou gothique, avec sa statue légendaire posée sur son socle. Pour aller à la quête de l’histoire de la ville, l’étranger suit le parcours fléché des monuments. Ce sont eux qui parlent les premiers. Pas un guide, si résumé soit-il, ne fera l’économie de ces itinéraires dévoilant la physionomie du passé. En dépit des atteintes du temps, des guerres, des bouleversements dus à l’urbanisme, la pierre se laisse appréhender comme un signe privilégié. Malgré la propension de l’époque contemporaine à l’oubli, les monuments maintiennent l’histoire des permanences. Rien de tel avec les marchés. Si une halle ne signale pas sa présence, ne le date pas, le marché peut bien être le vestige le plus ancien de la ville, rien n’en raconte l’histoire. Là est sa force et sa faiblesse. Lieu de l’éphémère, il n’est l’objet d’aucune inscription concrète. Et son histoire n’est saisissable qu’à travers des textes, des témoignages, des chroniques ou des rapports de police souvent savoureux." "…"

"L’existence des marchés n’est pas garantie ; les évolutions de l’après-guerre, dans le domaine du commerce, de l’industrie, de la distribution ont déjà mis en question sa survie. Au moment où des systèmes de distribution alimentaires géants naissent, où grandissent inexorablement les entrepôts de biens de consommation, les marchés ne risquent-ils pas de disparaître ? Ce livre est donc aussi né de cette inquiétude. Depuis trente ans, le nombre des marchés a considérablement diminué. L’idée selon laquelle ils ne représenteraient plus l’efficacité économique est fréquemment avancée pour justifier leur déclin."

Marchés passion - Colette EllenMarchés passion - Colette Ellen

Marchés passion - Colette Ellen

Foire à Honfleur
Foire à Honfleur

La foire est également un lieu de culture :

« Un agronome estimait, en 1884, que les paysans limougeauds apprenaient plus de français dans les foires qu’à l’école. On sait aussi que le paysan avait des moyens matériels et physiques de prendre la vie d’un meilleur côté. Le fait de boire, que l’on a si souvent reproché aux paysans, était en fait un luxe de citadins. Tout comme le fait conscient ou inconscient de perdre du temps ou d’avoir du temps à perdre ou bien de bavarder les autres jours que le dimanche. On avait ainsi de nouvelles choses à raconter : « On parlait (de la foire) pendant une semaine puis on parlait de la prochaine » remarquait G.M. Coissac en 1913. Même les critiques admirent le fait que les paysans avaient appris à manier le prix des marchandises et du bétail et qu’ils se mesuraient sans problème avec des commerçants à la langue bien pendue. (« La fin des terroirs », M. Weber, Fayard).

quelques histoires croustillantes...quelques histoires croustillantes...
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marchand de ruban
marchand de ruban

A la recherche d’une identité

« Dans l’arsenal des appellations, la profession se perd en un vocabulaire profus : commerçants ambulants, commerçants en étalage, marchands des rues, chineurs, démarcheurs, ambulants, non sédentaires, non producteurs, démonstrateurs, posticheurs, tous ces mots recouvrent des situations sociales différentes. Ils sont encore à l’image du foisonnement d’hier. Il ne manque même pas, dans l’intitulé légal, le terme de colporteur, ni celui de camelot, issu de l’argot « coesmelot », diminutif de « coesme », signifiant mercier, venant lui-même de l’ancien français « caïmand » qui veut dire mendiant ! Les marchands sont aussi des forains, terme utilisé couramment pour les gens du voyage dont les manèges ajoutent leurs chants aux cris et à l’agitation. »

La clientèle des années 80

« Mais que viennent-ils chercher de plus au marché, ces consommateurs du XXème siècle ? le plaisir de voir, de regarder, de mesurer la permanence d’une image qui flatte leur sensibilité. Ils y passent également parce qu’en ce lieu, on croise des amis, on échange les dernières nouvelles, on se communique des recettes. »

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« Ainsi l’on trouve encore, dans cette époque de crise où l’esprit de gâchis et de thésaurisation s’est développé, des commerçants qui savent, quelques minutes avant qu’ils ne plient bagage, abandonner à leurs clients, à bas prix, la pièce de poisson, les melons qui, le lendemain, ne seront plus vendables. Il faut en faire l’expérience pour comprendre que cette mentalité a quelque chose de paysan. Rien n’est en effet plus choquant pour ceux qui travaillent la terre que de voir la nourriture se perdre, les aliments se détériorer, pourrir sur la place publique quand les prix se cassent. »

Et hop, un mot peu souvent rencontré :

« Même si l’approvisionnement des grandes conurbations est aujourd’hui soumis à des contraintes qui rejettent souvent les hypermarchés à la périphérie, nombre de villes ont conservé l’image classique d’une architecture intimement liée à la vie quotidienne, dont on peut évoquer ici quelques exemples emblématiques. »

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