des rencontres.... des gens....

Publié le par am phot'saône

(voici un texte écrit en 2012, novembre...)

Ils ont les cheveux plus ou moins longs, et plus ou moins gras, on les accuse même de ne pas se laver...

"Des cheveux, ils en ont.

C'est ce qui fait leur force,"...

J'en croise, d'autres, d'un autre style, dans ce quartier populaire. Ils passent leur fin de journée au troquet, en terrasse, des potes passent, des saluts, des mains qui se serrent... Mais, toujours sur le trottoir qu'ils encombrent, s'entend un "laisse passer la dame", et on s'écarte sans histoires.

Contrairement à certains, "bien lavés", en costumes bien taillés, eux, ils voient que quelqu'un arrive et s'écartent. L'habitude de surveiller les coins de rue ?

Ailleurs, dans une autre ville, au pied d'un escalier, ils sont trois ou quatre avec des chiens, imbibés, ils s'écartent et nous disent "bonjour Messieurs-Dames" du fond de leur monde alcoolisé...

Bien sûr, il y a... l'autre, là sur son banc, au bord de la rivière, celui qui se met à crier et à parler fort sur notre passage, celui à qui l'alcool ou le malheur a perturbé l'entendement...

Que faisaient-ils avant ? Pourquoi en sont-ils arrivés là ? Quel est leur passé ? Leur avenir ? Leur espoir ?
 
Ils ont les cheveux longs et noués en lourdes nattes mais ils sont diplômés en informatique et font des prodiges avec trois bouts de câbles électriques. Ils ont les bras tatoués jusqu'au cou et ils sont les as de la technique d'un concert sur toute l'Europe. Ils sont capables de vous refaire toute l'électricité d'un immeuble de quatre étages.
 
Un autre, là, vous transforme une citrouille géante, en excellente soupe, tarte, et gâteau de semoule; l'ail des ours n'a pas de secret pour lui et il vous fait des terrines dont on a perdu depuis longtemps le parfum.
 
Leurs fringues ne sont pas coupées serrés comme un costume de cadre bancaire ou d'agent immobilier mais ils ont une culture générale, littéraire souvent impressionnante. Ils ont l'air paumé, zonard, ailleurs, et "j'm'en foutiste", mais ils en savent plus sur la politique  que le commun des citoyens.
 
Même s'ils gagnent deux milles euros mensuels, ou rien pour la plupart,  ils peuvent perdre quinze jours pour aller... construire des cabanes pour une cause qu'ils jugent juste, eux, qui vivent au contact des réalités terre à terre, pour la terre. Ils ne veulent pas de légumes aseptisés, de maïs ogéMisés, de chocolat huildepalmés... ni d'enfants radioactifs!
On les traite de squatteurs, de zonards, de cassoces, de fainéants, de.... rien.
Ils ne sont pas "encartés" à la botte d'un quelconque parti.
 
"Ils sont à notre époque
Le sujet dont on parle
Et si d'eux l'on se moque,
Ils s'en portent pas plus mal"
 
Et qui sont-ils ceux qui sont... tout ? qui se permettent de les traiter de tous les noms, de bons à rien, de kystes ? Qui sont-ils, ceux qui "se croient" ?
 
Il y a ceux qui squattent un square, un coin de rue, une forêt, et les autres, ceux qui veulent toute la place, nette et propre, parce que dessus, on peut mettre des maisons, comme au Monopoly, des maisons, des commerces, des parkings, des avions, du bitume,.... Des terrains nets et libres que l'on peut retourner, creuser, vider de leur substance, stériliser de la nature..
 
Il y a ceux qui trainent avec leurs chiens (je n'aime pas les chiens), ils s'écartent et disent "bonjour".
Il y a ceux qui "pause" aux terrasses, qui reluquent, qui jugent, qui matent et qui méprisent le passant, et...
 
il y a NOUS autres.... les autres.... les gens....
 
"La musique et les routes
Leur servent de royaume.
Ils sont les troubadours
Du siècle de l'atome"
 
"Mais quand ils sont partis
En traînant leurs savates,
Je continue ma vie
Et renoue ma cravate."
 
Tableau: Les Chemineaux, de Jules-Alexis MUENIER
Les Chemineaux, de Jules-Alexis MUENIER

Les Chemineaux, de Jules-Alexis MUENIER

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