l'exode rural, ses causes, ses coupables !

Publié le par am phot'saône - F.C.

 

En fouillant dans les armoires maternelles, je suis tombée sur une bonne dizaine d'Echos paroissiaux s'étalant de 1938 à 1940. Quelle prise !!!
On y retrouve l'histoire des 3 villages concernés par cet Echo, écrit par le curé de l'époque, les dates des communions, mariages, décès, baptèmes, les bonnes notes du catéchisme, quelques histoires marrantes dont je vous ferai part à l'occasion, car ça vaut vraiment la peine.
On y trouve aussi un long article sur l'Exode rural, écrit par un monsieur engagé dans son métier, qui fut maire d'un des villages.

l'agriculture, le monde paysan en 1938

l'agriculture, le monde paysan en 1938

1938: ...un article sur l'exode rural: c'était juste 20 ans après la fin de ce que personnellement j'appelle le génocide agricole!
"les pouvoirs publics semblent vouloir nous traiter, nous autres paysans, comme des Français de seconde zone".
"et que dire des allocations familiales, refusées à tout agriculteur n'ayant pas 3 enfants, accordées ensuite d'une façon dérisoire (120 frs par an), au paysan à partir du 3ème enfant, tandis qu'un fonctionnaire pour 3 enfants également touche 1980 francs soit plus de 10 fois l'allocation du paysan!!!"
"Neuf cent mille morts de la Grande Guerre venaient de la paysannerie. Un tel contingent dans la balance commune du sacrifice doit nous mériter, j’espère, une considération au moins égale à celle dont jouissent les autres classes sociales."
 
Le texte entier: 
 
Janvier 1938    - Echo Paroissial
L'exode rural
Sa gravité, ses causes, les remèdes à proposer.
Le mois dernier, j’ai eu l’occasion de vous parler incidemment, mes chers amis, d’un fait indéniable qui préoccupe bien des gens d’opinions très diverses : ce fait c’est l’exode rural, la désertion du village natal, en un mot l’abandon de plus en plus fréquent de la profession agricole.
Vous le savez comme moi, cet Exode ne date pas d’hier puisque, au moment de la destruction des anciens vignobles par le phylloxéra (1890-1905), un nombre imposant des gens de notre région ont quitté la terre pour se faire une situation ailleurs. Néanmoins, on peut dire sans crainte d’erreur, que le mouvement d’afflux vers la ville a pris depuis la guerre (et surtout ces deux dernières années 1936-1937) des proportions de plus en plus inquiétantes pour l’équilibre matériel et moral de notre chère France.
Le secrétaire général des Syndicats agricoles du pays de Caen, Pierre Hallé, pouvait bien citer, dans leur lugubre éloquence, les chiffres suivants : (congrés rég. 5-6 mai 1937) « La guerre a ravi pour toujours à leur profession près d’un million de paysans. Mais depuis, par suite de la crise économique, par suite aussi d’erreurs politiques et d’autres causes plus ou moins connues, la terre de France a perdu environ 1.300.000 travailleurs actifs, hommes et femmes ».
« Dans les trente premières années du siècle, a dit M. Le Cour Grandmaison, député de la Loire Inférieure (Chambre des D. juin 1937) on peut compter au moins 1.700.000 familles paysannes qui sont venues grossir les effectifs des agglomérations urbaines ».
Et les services généraux du Cadastre affirment que les landes, terres incultes, friches… ont augmenté de 1.814.000 hectares depuis 1912. Elles couvrent actuellement 5 millions ½ d’hectares du sol français.
Excusez-moi, cher amis, de vous citer tant de chiffres mais je voulais vous prouver que cet exode rural est bien un fait réel et grave, on pourrait même dire un mal national.
En effet, vous savez que la France assez pauvres en matière premières industrielles et en minerais est au contraire d’une fécondité et d’une variété remarquables, au point de vue produits agricoles. Ce sont les aptitudes naturelles de notre sol, aptitudes auxquelles personne ne peut rien changer.
Si donc la désertion de nos campagnes continue en s’accélérant, si notre population rurale tend peu à peu à se rapprocher de celle de l’Angleterre (5%), il est aisé de voir quel déséquilibre en doit résulter avec toutes ses conséquences économiques et morales.
J’ai dit : ses conséquences morales, car cet état de choses augmentant forcément le chômage, combien de gens aigris, malheureux, n’écouteront plus que la voie de la haine et de la révolte.
Contre l’exode rural, la J.A.C. depuis sa fondation lutte pied à pied. Elle en recherche les causes, et j’espère dans une prochaine causerie vous dire ce qu’elle a trouvé. Mais surtout la J.A.C. propose des remèdes, des remèdes dont elle a le secret. Car je connais personnellement de nombreux jacistes qui doivent à leur mouvement une fierté nouvelle et une fidélité résolue à leur métier de paysan.
F.C.
Février 1938 - Echo Paroissial
L’exode rural (ses causes)
 
L’abandon accéléré de la profession agricole que j’ai appelé, dans ma dernière petite causerie, un mal national, la désertion de la terre, a, certes, de multiples causes et ce serait pure vanité que de vouloir les énumérer toutes.
Néanmoins, il me semble que 3 de ces causes, les plus graves, doivent retenir notre attention.
La première est certainement le développement considérable de l’Industrie et du Fonctionnariat. Aujourd’hui on quitte davantage la charrue, parce qu’on sait qu’il y a des « place » ailleurs. Combien d’usines en tous genres se sont élevées depuis la guerre transformant, par exemple des petites communes de la Banlieue Parisienne (Bobigny, Drancy, Le Bourget, etc…) en véritables cités fourmillant de travailleurs.
Quant à la multiplication des fonctionnaires : un seul chiffre suffira à vous édifier : dans le 2ème semestre de 1937 seul, 8000 postes de fonctionnaires nouveaux ont été créés.
Mais la 2ème cause d’exode, à mon humble avis la plus grave, la voici : c’est que les Pouvoirs publics semblent vouloir nous traiter, nous autres paysans, comme des français de seconde zone. Et ne criez pas que j’exagère : Dans un sujet aussi triste, je ne veux rien écrire que je ne puisse prouver.
Consultez, au Journal Officiel, les séances relatives au vote du Budget de 1938. Vous y verrez que sur un total de plus de 52 milliards, 56 millions seulement, soit, un peu plus de 1/10, sont consacrés à l’Agriculture.
Dans l’enquête générale sur la Production française, le rapport du comité, qui occupe 17colonnes du Journal Officiel (du 16 décembre) consacre 50 lignes à peine à la Production agricole.
Et que dire des allocations familiales, refusées à tout agriculteur n’ayant pas 3 enfants, accordées ensuite d’une façon dérisoire (120 francs par an, 10 francs par mois) au paysan à partir du 3ème enfant, tandis qu’un fonctionnaire pour 3 enfants également touche 1980 francs soit plus de 10 fois l’allocation du paysan !..
Mais il est une 3ème cause de désertion, la plus profonde peut-être quoiqu’on en pense : c’est la Déchristianisation généralisée des masses rurales.
Oui, je le proclame avec force, parlant par expérience : pour rester paysan, pour aimer son métier malgré ses aléas redoutables, détruisant en quelques heures un bénéfice qu’on escomptait et qu’on avait préparé par un effort acharné (grêle, gel, épizootie) il faut se tourner souvent, avec confiance et résignation vers Celui qui fut, l’humble artisan, le Raboteur de planches de Nazareth, notre Maître Jésus ! Il faut croire, du fond du cœur, que cette vie terrestre n’est pas le tout de l’homme et qu’au milieu même de nos peines le Bon Dieu nous voit, nous aime et nous attend !
F.C.
 
 
l'agriculture, le monde paysan en 1938

l'agriculture, le monde paysan en 1938

Mars 1938
L’exode rural – remèdes à proposer (extrait)
 
En face des maux si variés dont souffrent nos contemporains, la J.A.C. (en union d’ailleurs avec tous les mouvements spécialisés de Jeunesse Catholique) a adopté depuis longtemps une méthode qui se concrétise dans cette formule : d’abord voir les faits : ensuite, porter sur eux un jugement inspiré de l’Evangile ; enfin trouver des remèdes et les appliquer dans toute la mesure des possibilités.
C’est cette méthode que nous avons suivie jusqu’ici : nous avons d’abord montré l’existence et la gravité de la désertion des campagnes, puis nous avons essayé de juger, à la lumière chrétienne, les causes principales de ce « mal national ». Il nous reste maintenant à parler des remèdes que préconise notre mouvement jaciste.
La première série de ces remèdes est à n’en pas douter d’ordre législatif et économique.
Qui ne voit, en effet, que les jeunes paysans resteront bien plus volontiers à la terre, lorsque les Pouvoirs publics essaieront loyalement de réparer les injustices dont est victime l’agriculteur ?
Il faut que tout le monde le sache : nous ne demandons pas d’être mieux traités que les autres, mais seulement comme les autres, dans tous les domaines de la vie économique et sociale.
Neuf cent mille morts de la Grande Guerre venaient de la paysannerie. Un tel contingent dans la balance commune du sacrifice doit nous mériter, j’espère, une considération au moins égale à celle dont jouissent les autres classes sociales.
...
F.C.
 
 

Plus sur la J.A.C.La Jeunesse agricole catholique (JAC) puis Mouvement Rural de Jeunesse Chrétienne (MRJC) est un mouvement français d'Action Catholique qui fut créé le 17 mars 1929 par des jeunes et des prêtres. La JAC fut fondée sur l'initiative de l'ACJF, soutenue notamment par l'Union Catholique de la France Agricole (fondée en 1917). Les fondateurs de la JAC avaient pour but d'évangéliser les campagnes et d'améliorer les conditions de vie des jeunes paysans. En effet à cette époque, même si l'on est en pleine révolution industrielle et que les campagnes en profitent partiellement, le travail des champs ainsi que les conditions de vie dans le monde rural restent très durs. Les outils de ces militants sont alors l'Enseignement Agricole par correspondance et l'ACJF (Association Catholique de la Jeunesse Française), existant depuis 1886. Enfin, comme beaucoup d'associations de jeunesse catholique, la JAC n'était pas mixte à cette époque. C'est pourquoi la JACF (1933), fondée peu de temps après, poursuivit une action similaire auprès des jeunes filles.

http://www.mrjc.org/mrjc-informations.html

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