La Franche-Comté perd un de ses enfants

Publié le par agnes m

 

"La Franche-Comté perd un de ses enfants"

Dans un communiqué, Marie Guite-Dufay, présidente du conseil régional, réagit à la disparition de "Bernard Clavel qui aura marqué la Franche-Comté de son empreinte" « C'est avec une immense tristesse que Marie-Guite Dufay a appris le décès de Bernard Clavel. Avec la disparition de Bernard Clavel, la Franche-Comté perd un de ses enfants qui aura su s'élever grâce à la magie des mots qu'il savait si bien apprivoiser. De sa naissance et son enfance à son apprentissage de pâtissier à Dole jusqu'au récit de la guerre de Dix Ans en Franche-Comté, il aura su conter les rudesses et les beautés de la vie ainsi que son amour pour sa région. Militant de la liberté, défenseur des Droits de l'Homme, Bernard Clavel aura marqué la Franche-Comté de son empreinte. Il nous lègue une œuvre littéraire magistrale et la nécessité de poursuivre son combat pour la défense des valeurs humanistes »

http://www.macommune.info/actualite/bernard-clavel-quot-la-franche-comte-perd-un-de-ses-enfants-quot--15883.html

http://www.lefigaro.fr/livres/2010/10/05/03005-20101005ARTFIG00708-bernard-clavel-un-grand-conteur-populaire.php

"Bernard Clavel n'a jamais cessé de se battre et de souffrir pour revendiquer une place entière parmi les auteurs de son temps. Malgré son prix Goncourt en 1968 pour Les Fruits de l'hiver, il lui sera difficile d'obtenir la reconnaissance de critiques faisant la fine bouche. Un romancier populaire est toujours suspect. Ceux-là mêmes qui le méprisaient lui feront les yeux doux lorsqu'il siégera à l'académie Goncourt, au couvert de ¬Giono, en 1971. Une expérience de courte durée, puisque, en 1977, il en démissionna. L'affaire, à l'époque, fit grand bruit. Après son départ, il avait constaté: «Durant mes années chez les Goncourt, pour une partie de la critique, j'étais un très grand écrivain. Dès après mon départ, je ne valais plus grand-chose et les dossiers de presse avaient fondu. Ne serait-ce que pour cela, je ne saurais regretter d'être parti.» "

http://www.bernard-clavel.com/

COPIE-COLLE d'un blog Ecolo: mais c'est juste pour le discours de Bernard CLAVEL;
 
 
Il n'est pas vain, l'écrivain qui chante le vin.
 
Extrait de : "Allocution de Monsieur Bernard CLAVEL après son intronisation
dans la Commanderie des Nobles Vins du Jura et Gruyère de Comté
le 10 Mai 1969 à GEVINGEY."
 
  Ma conception personnelle du métier d'écrivain étonne souvent les universitaires. Ils accueillent mes propos avec un sourire narquois quand je leur dis que je suis un artisan, et que je cherche à faire mon travail de façon à satisfaire mes lecteurs, exactement comme mon père s'appliquait à contenter ceux  qui venaient acheter le pain qu'il avait passé sa nuit à pétrir et à  cuire. Certains sont même allés jusqu'à prétendre que je parlais ainsi dans le seul but de les faire bondir et pour le plaisir de me placer très loin de leur propre famille. Si j'avais à ce point l'esprit de contradiction, me trouvant ce soir parmi des vignerons plus proches de ce qu'était mon père que de n'importe quel intellectuel, je m'efforcerais de donner de mon métier une définition susceptible de placer le romancier, le reporter ou le conteur aux antipodes de l'univers réservé à ceux qui œuvrent pour que sorte de leurs caves cette boisson qui fait naître la joie au cœur de l'homme et qui est bien le seul sérum de vérité auquel nous serions disposés à nous soumettre.
  Mais ce que je savais déjà depuis longtemps, c'est que, selon le mot d'Henri Pourrat, le tonneau témoigne du génie de l'homme tout autant qu'une machine électronique. Ce tonneau, qui fait des Gaulois, peuple envahi, des hommes plus intelligents que les Romains, peuple envahisseur, n'est-il pas le plus bel ambassadeur que l'un puisse rêver ?
 
Regardez-le, beau, rond du ventre, mais pas trop ; exact de lignes et de formes, il a été fait uniquement de douelles de bois posées côte à côte, et pourtant, il ne laisse pas fuir la moindre gouttelette du précieux liquide qu'on lui confie. N'avait-il pas du génie, l'artisan qui fabriqua le premier tonneau ?
Voilà un ambassadeur capable, pour peu qu'on le mette sur la bonne pente, de s'en aller tout seul, roulant sa bonde, porter son message de bonne humeur et de paix vers les pays où nul soleil ne permet à la vigne de pousser.
 
              Voilà une grosse caisse toute ronde, qui s'en va par les chemins, portant dans ses flancs ce qui fait la plus belle  musique de la terre.
 
              Oh, je sais, vous allez me dire ; mais alors pourquoi l'avoir quittée? Je pourrais vous répondre qu'il arrive toujours un moment où il faut s'écarter de la corne d'abondance, si l’on veut éviter d'être étouffé sous le flot de richesses qu'elle déverse sur vous, mais ce serait faux. Comme beaucoup, je suis parti à un âge où l'on croit encore que les vraies richesses sont toujours par-delà cette ligne qui fuit sans cesse devant vous et s'appelle toujours l'horizon. Certains font ainsi le tour du monde et reviennent très vite au même point. Je n'ai pas fait le tour du monde mais si mon métier me retient parfois assez loin de mon pays, du moins m'a-t-il permis de découvrir très vite que si je n'avais pas emporté un peu de notre terre du Revermont à la semelle de mes chaussures, je n'aurais jamais rien écrit qui vaille la peine d'être lu.
 
             Et nous sommes nombreux, peintres, sculpteurs, musiciens ou écrivains, qui devons tout à notre enfance et au sol qui l'a nourrie.
 
              Si vous voulez découvrir ces gens là, ne cherchez pas trop dans les guides comme celui de la France Littéraire par exemple. Vous y découvrirez que Marcel Aymé est un écrivain de l'Yonne ou de Monfort l'Amaury, mais surtout pas du Jura. N'ouvrez pas ce guide, vous bondiriez d'horreur à chacune des pages consacrées à notre terre. Et si le je condamne, n'allez pas croire que c'est par dépit. Je sais bien que de tels ouvrages ne sont pas faits pour des écrivains dont on ignore si leur oeuvre a une chance de leur survivre. Si j'en parle, ce n'est même pas pour défendre des auteurs que j'admire et qui n'ont pas besoin de telles paperasses pour être à leur place, c'est seulement parce que j'aime notre terre, et que je souffre chaque fois qu'on lui vole quelque chose et que Madame Marguerite Henry-Rosier avait autant de qualités pour rédiger le Guide du Jura littéraire, que j'en ai pour célébrer les mérites comparés de l'algèbre et de la trigonométrie, ce qui n'est pas peu dire.
                                    Bernard Clavel
 
  Note de la blogueuse :  "L 'Espagnol " est un roman de Bernard Clavel, remarquablement adapté à la télévision par Jean Prat en 1967.
 
Clavel le rebelle - article Est Républicain d'octobre 2010

Clavel le rebelle - article Est Républicain d'octobre 2010

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