Le pauvre petit sou… ou « le dernier soupir d’un petit sou »

Publié le par am phot'saône

le dernier soupir d’un petit sou

le dernier soupir d’un petit sou

Je recopie ce texte trouvé dans l’Echo paroissial de janvier 1938 :
 
Laissez-moi vous conter cette histoire qui m’est tombée sous les yeux il y a quelques jours ; elle a pour titre : le dernier soupir d’un petit sou. C’est une histoire qui fait rire ; elle peut aussi faire réfléchir.
 
Ce n’était même plus un petit sou ! … Je ne sais qui en avait mangé un morceau… on l’avait jeté à la quête… et je l’ai retrouvé un dimanche soir, sur ma table… il avait l’air effroyablement triste. Il me regarda avec des yeux mourants et poussa un soupir qui ressemblait à un dernier soupir…
- Ah ! enfin
- Enfin, quoi ?
- Enfin, toi, tu veux bien me recevoir ?
- Comprends pas… de quoi te plains-tu ?
- Je me plains du dédain qu’on a pour moi… je n’existe plus. Je suis le grand, le plus grand blessé de la guerre. Ah ! autrefois… Je t’ennuie peut-être ?
- Mais non, continue ! Tu m’intéresses.
- Autrefois, j’étais quelque chose… un sou cela comptait… avec un sou on pouvait aller chez l’épicier et acheter du poivre. Chez le boulanger on prenait un petit pain, et avec un autre sou on pouvait mettre un œuf et même deux dessus. Le dimanche matin, les mamans donnaient un sou aux petits, et les petits étaient ravis ; car avec un sou on avait des gâteaux et des bonbons. À l’angle du pont, au porche des églises, on donnait un sou au mendiant, et pour ce sou, les pauvres vous bénissaient… maintenant c’est fini…
- Voudrais-tu me dire ce qu’on peut avec un sou ? On n’oserait pas donner un sou à un enfant… il croirait qu’on se moque de lui… L’autre jour, en effet, on a voulu me laisser tomber dans la main d’un pauvre. Le mendiant fit la grimace et refusa de me recevoir. Hélas ! je suis blessé à mort… Je sens très bien que je vais disparaître. Jadis, il y avait des centimes, des liards… ils ont disparu comme chose inutile. C’est mon tour, à moins que…
- À moins que ?
- Oui à moins qu’on ne nous conserve encore pour la quête de l’église… C’est notre dernier espoir car il n’y a plus que là qu’on n’a pas honte de se servir de nous. Dans les vieux temps, l’église servait de refuge pour les misérables… Dans les temps modernes, elle va servir de refuge pour ce misérable traqué de toutes parts avec personne ne veut plus voir et qu’on appelle le petit sou.
- Écoute-moi petit sou. Je veux bien avoir pitié de toi… tu me fais de la peine à voir… Mais pourtant à te parler franchement, si tu ne dois plus sortir que pour la quête, j’aimerais mieux te voir mourir.
- Tu es bien cruel...
- Eh ! que veux-tu que j’y fasse ? En vérité, ce n’est pas de ma faute si la valeur de l’argent a diminué des neuf dixièmes depuis la guerre ! Pense donc ce que peut être le dixième d’un sou ???
Le petit sou n’insista pas…Il tremblait comme un homme qui monte à la guillotine… et je l’entendis murmurer :
- Oh ! si je suis condamné par les commerçants, par les enfants, par les mendiants, où vais-je me réfugier ? Je n’ai plus qu’à mourir !
 

Publié dans Humour, Société

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Petite Jeanne 25/02/2016 14:24

Triste fin pour un petit sou!, nos cents ne sont pas mieux lotis...
Bonne fin de journée