Night Letters de Robert Dessaix - Lettres de Venise

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Robert Dessaix
Robert Dessaix

page30

"Quand je repense à ma vie passée, il me semble maintenant que je l'ai vécue d'une manière beaucoup trop timorée. Elle n'a pas manqué de saveur, mais je n'ai pas pris assez de risques. Quand la route bifurquait, je prenais presque toujours la mieux éclairée et la mieux pavée, alors que maintenant je soupçonne que c'est souvent, au contraire, la ruelle un peu sale ou le sentier passant par le bois qui enrichit votre humanité (j'ai essayé de trouver une expression plus percutante mais je ne peux pas faire mieux.)"

 
page 45 (Au sujet des lumières dans la nuit de Locarno-Italie) –
Ce soir-là, ces lumières m'ont excité: sans doute m'ont elles donné la sensation qu'il y avait là, cachées parmi la stérilité de la banalité, des milliers de possibilités non encore imaginées. Penser ainsi à ces lumières était bien sûr, en partie, une façon de m'armer contre la nuit proche, un peu comme le sont ces lettres.
....
En fait, je suis de plus en plus soupçonneux à l'égard du mot "solitude". C'est un terme si élégant, si latin, en un sens, il paraît si noble, mais pour être approprié, il exige, à mon avis, un certain standing et un degré d'indépendance en matière d'argent. Autrement, il signifie isolement, abandon, délaissement. Peut-être est-ce une question d'équilibre. Quelques heures de solitude par semaine me suffisent, de préférence pendant la journée.
 
page 123 - l'auteur vient d'avoir une discussion avec Rushdie sur l'absurdité...
"Son esprit pétillant, sa passion de conteur dont les histoires s'en allaient dans tous les sens, tout cela était tellement vivifiant!"
(ouf... je suis bien d'accord)
 
 "En fait, l'absurde et la nécessité de trouver un sens à l'existence, voilà sur quoi j'écris depuis toujours" m'a dit Rushdie. "À la première page des Enfants de Minuit, le narrateur dit craindre l'absurde plus que tout autre chose, et puis il commence à raconter cette interminable histoire décousue, sans queue ni tête, qui est sa façon d'inventer un sens à sa propre vie -un sens qu'elle n'a peut-être pas vraiment, il le craint, au moment même où il l'invente." Nous connaissons tous ce sentiment. Cette discussion avec Rushdie avait été un véritable élixir.
 
page 125 - l'auteur vient d'annoncer la "nouvelle" à son ami
"On est parfois épuisé au point que tout en nous devient immobile".
 
page 215
 - .... il faut que je me sorte de moi-même. En fait, je me suis rendu compte qu'il n'y a pas grand-chose à faire ici, à Venise, si ce n'est regarder. On ne vient pas ici pour faire quoi que ce soit, mais simplement pour voir des choses. Voilà ce que, de nos jours, on appelle voyager. On remue beaucoup, mais en fin de compte il ne se passe rien. Je commence à avoir envie d'un autre genre de voyage.
 
page 243
 - "Pourtant, ce qui m'inquiétait un peu, c'était l'impression que j'avais de m'être subitement transformé en touriste. Il n'y a pas de mal à ça, j'imagine. C'est simplement que, assis là au soleil sur cette place, à côté d'une petite fontaine, je ne pouvais pas m'empêcher de regretter qu'il ne soit plus question pour moi de voyager comme autrefois -voyager pour aiguiser ma curiosité, exciter mon désir, non pas pour le satisfaire.
...
..."vous devriez aller voir ça"…
 
"Mais qui m'y oblige? pourrais-je bien me dire. Étant donné l'infinitude du cosmos, que j'y aille ou que je n'y aille pas, quelle différence cela fera-t-il? J'aime bien rester assis, simplement à regarder les toits de tuiles rouges, et toutes ces femmes et leurs échafaudages de cheveux teints. Je vais rester assis tranquillement ici."
 
(extrait de NIGHT LETTERS, lettres de Venise - Robert Dessaix)
 
 
 Robert Dessaix, né le 17 février 1944 à Sydney, est un romancier, essayiste, traducteur et journaliste australien.
 

Publié dans Livres, Voyages

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