Marie-Christine et la vie de tous les jours

Publié le par am phot'saône

Marie-Christine et la vie de tous les jours

Marie-Christine et la vie de tous les jours

Marie Letourneux (épouse de Jean Bardet) (Aux Editions du Seuil – 1945)

Lu en février 2016

Marie-Christine, 13 ans, a perdu sa maman. Son père l’a confiée à sa grand-mère où elle s’ennuie un peu, seule. Elle finit par jouer avec un petit voisin, puis fait connaissance d’une cousine plus grande, Guide de France. Mais Marie-Christine se sent solitaire. Qui fréquenter à l’école pour ne pas s’y perdre ? pour être « importante » aux yeux des amies ? Elle se débat entre sa colère et son désir de faire bien, d’être aimée, un peu jalouse et honteuse de l’être. Sa cousine devient un modèle à suivre, mais elle la veut pour elle seule. Elle va tenir compagnie à une jeune aveugle.

Un livre 1945… pour la jeunesse.

et oui... j'en lis de ces trucs ! mais ils se trouvent dans mes placards, arrivés au fil des ans, provenant de gens sur le départ...

L'âge ingrat...

L'âge ingrat...

XX – Le beau temps revient (page 132-133)
- Quatorze ans.
- Quatorze ans, mais ce n’est plus une enfant !
Était-ce heureux, était-ce triste ? Il y avait plutôt de quoi être contente. Treize ans, c’est en effet l’âge le plus ridicule ; on ne se plaît plus avec « les petites », et cependant « les grandes vous regardent encore de leur haut. Elle avait été longue à passer, cette année de ses treize ans, plus longue que tout autre, semblait-il. Quatorze ans, au contraire, on dirait qu’une porte s’ouvre, que c’en est enfin fini de la salle d’attente. Et cependant un petit regret : « Sois raisonnable, tu n’es plus une enfant. » Voilà ce qu’elle entendra dire plus que jamais. Être raisonnable, déjà ! À cette idée, le plus souvent, Marie-Christine se cabre. Être raisonnable, mais ce n’est plus vivre. Réfléchir avant de parler, réfléchir avant d’agir. Ne pas être sur le moment ce qu’on a envie d’être, ne pouvoir faire à l’instant même ce qu’on désire et comme on le désire. Il semble que la vie se ralentisse. On reste devant la première marche de l’escalier qu’il faut monter à se dire : « De quel pied commencer ? » Plus le droit d’être fantaisiste, « ce n’est pas raisonnable ».
« Mon Dieu, soupire-t-elle, faire des efforts pour faire plaisir par exemple, oui, cela va encore, mais pas « parce que c’est raisonnable », oh ! non ! »
 
Page 136
Les soirs de jour de fête sont tristes, quoi qu’on y fasse. La joie s’use déjà, d’avoir servi tout un jour. La grisaille du lendemain semble déjà chasser le soleil d’aujourd’hui ? Ce jour, qui n’était pas comme les autres, plonge déjà dans l’océan de ceux qui sont tous pareils. Lorsque en plus, dès cinq heures, la nuit tombe, et avec elle un brouillard glacé qui pénètre tandis qu’on ferme les volets, on se sent le cœur gelé.
« As-tu eu quatorze ans, toi, grand’mère ? »…
« - Quatorze ans, ma chérie, c’est au couvent, au Sacré-Cœur, que je les ai eus. Ils n’ont pas été marqués par de grandes réjouissances, tu sais. Je me demande si tu me ressemblerais, habillée comme j’étais au même âge : une robe noire tombant jusqu’à terre, un petit col blanc, les cheveux très tirés en arrière et pendant en chignon dans une résille. J’étais plus grande et plus maigre que toi. De mon temps, la bonne éducation consistait à ne reprendre d’aucun plat pour garder la taille fine. On n’appelait pas cela garder la ligne, mais c’était aussi stupide. Une de mes compagnes se faisait gloire de ses cinquante-deux centimètres de tour de taille. Pour ma part, j’aurais dix fois préféré manger à ma faim. »
Le silence retomba sur ces souvenirs.
 

 

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Publié dans Livres, Enfance, Société

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Petite Jeanne 01/04/2016 18:55

Coucou,
je suis en retard dans mes courriers comme dans des tas de choses d'ailleurs, c'est pas le top chez moi en ce moment. Mais tout vient pour qui sait attendre!
Bon week end