Salines aux éditions Presqu'île

Publié le par am

SALINES saline, grande saline, saline royale…
 
Euh… Ici en Franche-Comté, les Salines, ce sont quelques traces d’un passé de richesse grâce à l’or blanc, et un classement Unesco pour la Grande Saline de Salins les Bains et la Saline royale d’Arc-et-Senans. Les autres ayant quasiment disparu sauf dans les mémoires, les noms de rues, les livres d’histoire… locale.
 
Voici un livre trouvé dans un magasin de démarquage pour une somme modique qui n’aura aucune retombée sur le train de vie de l’auteur, Jean Broustra. D’où la difficulté de vivre de sa plume, de son imagination…
 
Paru aux éditions « La Presqu’île » en 1999, imprimé à Dijon-Quetigny (imprimerie Darantière) il était vendu 89 francs… Quel peut être le chemin d’un livre imprimé en juillet 1999 pour se retrouver, neuf, dans une boutique de vrac qui vend tout et n’importe quoi en 2016 ? (Noz).
 
C’est l’histoire d’un mec, un journaliste, un scénariste, je ne sais plus trop, qui retourne sur l’île pour y réaliser des prises de vue, l’île où il passait ses vacances étant plus jeune, chez la grand-mère. Une femme devait l’y rejoindre, il en trouve une autre, d’autres… Les auteurs ont parfois de ces fantasmes à la James Bond et rêve d’être si séducteur, si tombeur, qu’ils aiment donner ce plaisir à leur héros. D'ailleurs, on notera le côté racoleur du résumé au dos du livre... (cause de la non-vente ?)
 
Mais ça sent la mer et les embruns, ça sent la vie ilienne, les vacances et les souvenirs ; le reste est particulièrement étrange.
Oléron… l’Oléron de Loti.  « Oléron la lumineuse »
et là j'apprends qu'Oléron est aujourd'hui, 2016, en Nouvelle-Aquitaine... ;)
Jean BOUSTRA - SALINES

Jean BOUSTRA - SALINES

En rédigeant cette bafouille je me rends compte que le livre finit comme il commence, enfin, une phrase est reprise :
« Sur le viaduc, entre l’ile et le continent, il a de nouveau cette image. Un éventail s’ouvre. A mesure que la voiture progresse, la surface de l’eau, vert émeraude en ce matin de juillet, s’intensifie jusqu’à l’éblouir. Il abaisse immédiatement le pare-soleil. Il distingue mieux le fort carré au milieu des parcs à huîtres, devine le contour familier des plages, mais cela va trop vite. »
 
Extraits sociétaux… :
« Juste après la guerre il a un vague souvenir de voitures encordées sur des pinasses puis vinrent les bacs, anciennes péniches de débarquement, et enfin le viaduc avec son dos rond bien planté sur ses pattes au milieu de parcs à huîtres. …
Enfant, juste après la guerre, il ramassait des douilles cuivrées sur la plage tout près du village. Sa grand-mère le surveillait attentivement. Il y avait encore des barbelés entre les trous de bombes. »
 
« Il met la radio : le 14 juillet on prévoit cinq millions de vacanciers. En partance comme ils disent. Bison futé affûte son pied de guerre. Ça va déferler. Trois jours pour régler ses problèmes. A partir du 15 il vaut mieux détaler. Ils vont envahir les champs du bout de l’île (où les tinettes en planches les attendent) et lâcher en tous sens mômes braillards et roquets. Voir le feu d’artifice au 14 au soir et puis basta, reprendre le pont, refermer l’éventail – il aime bien cette image – et fuir à bonne allure ! »
 
Le blockaus… « Maintenant il est entouré de barrières. Il faut protéger les dunes pour que soit encouragée la pousse d’oyats, d’immortelles et même d’œillets roses, devenus si rares, mais décrits précisément par l’illustre écrivain académicien gisant au centre de l’île. »
 
« En attendant tu dois produire de la mémoire, du patrimoine, ça n’empêche pas d’y joindre un zeste de fiction, oui, oui… mais veille bien à ce que les gens prennent goût, après avoir vu ton film, de venir faire du tourisme… Financement par la région… Bien sûr on s’en souvient encore de cette histoire du bûcher de Montségur. Là en Ariège ils avaient gagné le gros lot : pendant un ou deux étés les joyeux touristes ont dévasté les champs autour du château… Ils allaient planter leur voiture pour le pique-nique au milieu des champs de blé… »
 
Il s’est levé de bon pied. Ce matin, à France Culture, on a parlé du miracle de la pure lumière selon saint Jean l’évangéliste. Et aussi qu’il faut s’attendre à dix-huit millions de chômeurs en Europe. Beau temps fixe. Tranquillement par une route qui serpente entre les salines il va à Boyard-Ville. Sur cette plage près du canot de sauvetage se sont situés autrefois la plupart des pique-nique familiaux. Il écoute la habanera de Ravel pour harpe et flûte. A l’entrée de la ville, alors qu’il longe le chenal de la Perotine, un type balance un coup de corne et le double. Soixante-quinze, une gueule carrée qui doit craindre de manquer la croisière inter-îles. Depuis la terrasse du café, il voit maintenant sur le chenal le va-et-vient des bateaux. Pour la pêche, pour les huîtres, pour la plaisance. Rumeur d’une vie laborieuse et paisible qui accompagne la montée du soleil. Juste faudrait-il être là et regarder. Place éminente de la lumière dans la théologie de saint Jean l’évangéliste. Mirabile.
Salines aux éditions Presqu'île

Mirabile : du latin "mirabilis" - « Chose étonnante à dire ! » : s'emploie ordinairement par antiphrase et dans le style plaisant, à propos d'une chose qui est au fond peu étonnante.
Mirabile visu (chose admirable à voir) se dit à peu près dans le même cas.

Jean Broustra – SALINES – édition La Presqu’île – 1999 – 89 francs – 2,99 € chez Noz-Lure.

Photo de la couverture : Eric Morin

Acheté et lu printemps 2016

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Petite Jeanne 22/09/2016 13:17

Oui, je vois... moi non plus je n'aurai pas sauté sur ce livre.
Bonne journée