le héros de Bourges

Publié le par am lecture

C'est lors d'un séjour du côté de Vierzon, que j'ai entendu parler de cet homme, enterré au cimetière de Bourges dans le Cher. Je ne savais rien de cette histoire remontant à la dernière guerre.

C’est lors d’un passage à Honfleur que j’ai trouvé ce livre chez un bouquiniste.

Marc Tolédano relate cette période de sa vie ainsi que celle d'autres personnages proches de lui rencontrés durant ces années 1939-1945.

Malgré les horreurs décrites, ce livre est d'une lecture aisée, bien écrit, et sa lecture ne peut qu'être conseillée.

  • Marc Tolédano, Le Franciscain de Bourges, coll. « Leur aventure » no A215, éditions J'ai lu. (*)

En 1943, Marc Tolédano est fait prisonnier par les Allemands, et incarcéré dans la terrible prison de Bourges dite "du Bordiot".

- Ne bougez pas, ne dites rien, je suis infirmier allemand, frère Alfred, de l'ordre de saint François, je suis là pour vous soigner, vous réconforter, vous soulager."

C'était la première rencontre de Marc Tolédano avec le "Franciscain de Bourges".

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page 64

Je dois reconnaître que, de par sa situation géographique, la Gestapo de Bourges était mal lotie: le terrain ne se prêtait pas à des actions de maquisards. Les gens du Berry étaient défavorisés par rapport à ceux du Vercors, des Glières, du Jura ou des Pyrénées...

Jusque-là, la Gestapo n'avait mis la main que sur du menu fretin : quelques saboteurs de voies ferrées, des voleurs d'explosifs à la poudrerie, des agents de second plan. Aucune prise sensationnelle, de la routine en somme. Je crois aussi que les plus fins limiers de la Gestapo étaient ailleurs qu'à Bourges: on les trouvait aux points "chauds", à Toulouse, à Besançon, à Grenoble... Et puis, les éleveurs du Berry, les vignerons de Sancerre étaient malins, bien organisés, et sur leurs gardes: la police allemande se heurtait à un mur de silence et, malgré les indicateurs, elle restait bredouille.

Aussi les services de Paris, d'Oberg et de Knochen bombardaient-ils la rue Michel-de-Bourges de questionnaire et de relevés, houspillant et asticotant Hasse:

- Alors quoi ! s'impatientaient-ils, qu'est-ce que vous foutez donc ? Pas un terroriste, pas un saboteur, pas le moindre espion dans votre secteur ? Vous roupillez, vous vous engraissez au soleil ! Il va falloir que cela change.

Hasse et ses lieutenants faisaient alors du zèle, arrêtant à tour de bras, saisissant des otages, envoyant des procès-verbaux farcis d'aveux, pour chiader l'avancement.

 

...la Gestapo est arrivée il y a une heure au Bordiot avec un énorme convoi de détenus: ils étaient cent, entassés dans plusieurs camions. Et assurément, ce n'était pas des détenus ordinaires: la Feldgendarmerie de Vierzon a appréhendé... une noce au grand complet! il est à croire que les convives, réunis dans un grand restaurant de la ville, avaient trop bu de vin de Sancerre, toujours est-il qu'ils se sont répandus dans les rues, ont fait du chahut, et ont oublié l'heure du couvre-feu. Ils se sont tous fait coffrer au cours d'une rafle monstre, le marié et la mariée comme les autres (1).

(1) les cent personnes, toute la noce sans exception, seront envoyées en Allemagne pour le Service de Travail Obligatoire quelques jours plus tard. Quel triste voyage de noces !

(Marc TOLEDANO - Le franciscain de Bourges)

...

page 273

Les F.F.I. qui l'appréhendèrent le 15 septembre 1944, près de Vesoul, avec un convoi de blessés, ignoraient tout de lui; il ne fit rien pour les éclairer.

 

Après un séjour en prison, Alfred Stanke, franciscain allemand, gardien de la prison de Bourges, fut libéré notamment grâce aux témoignages en sa faveur, le 18 juin 1946.

Le 11 juin 1947 il fut reçu à Bourges par deux cents anciens détenus qui l'attendaient avec leurs familles.

(*) En 1968 est sorti un film de Claude Autant-Lara. C'est l'acteur Hardy Kruger qui en photo sur la couverture (Photo.Flammarion).

Pour en savoir plus sur cet homme qui sut apporter un peu d’humanité dans ces difficiles moments, vous pouvez suivre ce lien sur l’encyclopédie de Bourges. Si le lien ne fonctionne plus, je vous ferai parvenir le texte sur simple demande.

 

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Petite Jeanne 12/01/2017 10:06

Toujours à lire la grande lectrice!...

am phot'saône 17/01/2017 15:04

coucou,
et oui, ça occupe bien ! surtout la tête !
bises