Les colonnes du Ciel - 4 - Marie bon pain – (le plus prenant)

Publié le par am lecture

Philip Richards MorrisAprès une petite pause, je reprends le cours de l’aventure de ces pauvres comtois dans cette époque si terrible pour notre belle région. Il me restera encore un tome. J’évite depuis longtemps ses longues sagas qui n’en finissent pas, surtout si l’auteur est vivant !
Les histoires sont bien souvent du même ordre. Une période dans l’Histoire, des personnages de divers horizons, des absents que l’on regrette, des absents que l’on craint de voir revenir, d’autres que l’on espère… des absents que l’on pleure, des naissances qui apportent la joie…
Ayant vu quelques extraits de ces films dont je ne suis pas fan, mais sont la joie des jeunes spectateurs, j’ose m’avancer en prétendant que les histoires sont parfois des répétitions de ces romans d’écrivains illustres. (je parle ici des films et de la littérature dits de fantasy).
Oui, Clavel fait partie des illustres ; on ne peut le nier. Son roman Harricana est célèbre, son univers canadien est connu. D’ailleurs, mon correcteur d’orthographe me corrige la faute dans Harricana… c’est dire ! C’est loin d’être un auteur régional connu dans sa seule région.

Peder Mørk MønstedMais revenons à cette pauvre Marie qui fait du si bon pain. Je sais d’avance que le dernier tome n’aura pas ma préférence. Je ne lisais pas Clavel parce que c’était du Clavel justement, c’était de la neige, du froid, du Canada. Certains aiment. Moi, j’en ai déjà lu beaucoup sur le thème du Grand Nord étant plus jeune. Les chiens qui se battent, les ours qui grondent, les hurons et les iroquois, les hommes qui souffrent, gèlent, luttent sans merci pour un crouton noir et dur… je crois que j’en ai soupé (pour parler franc).

Si j’ai lu ces Colonnes du ciel c’est parce que j’ai visité les baraques du 14 dans le village de La Vieille Loye, Jura, 39, Franche-Comté ! Qu’au fil de la visite, nous pouvons y lire des extraits de Marie Bon Pain. Que ces temps-ci, fréquentant de près cette région entre Doubs et Jura, ayant eu depuis quelques années l’occasion de visiter la région des lacs, du côté de Nozeroy et Champagnole, Saint-Claude, les « hauts », cette saga littéraire m’est plus parlante. L’histoire de la Franche-Comté m’est beaucoup plus connue qu’à la date de l’édition des livres.

Voilà, j’ai encore oublié Marie…. Et je ne suis pas la seule. On ne l’a pas oubliée par la pensée, mais par la présence. Elle est là, tout le monde l’aime. Ils ont besoin d’elle. Mais elle semble invisible tout en étant présente depuis le premier tome. Depuis ces regards échangés avec ce charretier d’Aiglepierre. Clavel nous a bien eus sur ce coup-là !

Harry BrookerMarie c’est l’humble. Elle ne se révolte jamais contre sa condition, elle subit. Elle pleure en cachette et encore… si peu, si tardivement. Elle perd tout sauf ses enfants. B.Clavel nous aura épargné cela ! Pourtant qu’elle a souffert cette Franc-Comtoise !
 
 
Oui Marie est sans doute la Franche-Comté personnifiée. Travailleuse, silencieuse… jusqu’à un certain point !
 
Marie gâte ses enfants et ses hommes autant qu’elle le peut, en présence, en douceur, en calme, en nourriture. Si elle est chiche d’un quignon de pain, c’est parce que les temps sont rudes, que l’enfance était âpre au coin de la forêt dans son enfance, que le travail était la seule activité méritant récompense, que le blé était une richesse chèrement payée. Ce blé que les ennemis fauchaient encore vert dans les prés pour affamer les pauvres comtois. Ce blé, pillé, volé, brûlé.
 
Marie… et son charpentier d’amant…
 
J’illustre cet article de divers tableaux qui pourraient illustrer la vie de Marie, la vie qu’elle aurait dû avoir ou celle qu’elle a vécu. La vie des campagnes, dure parfois, heureuse aussi.
 
Figure 1 Philip Richards Morris
Figure 2 Peder Mørk Mønsted
Figure 3 Harry Brooker
Nikolai Pimonenko   / marie-bon-pain-Latchezar Ochavkov j ai lu

Nikolai Pimonenko / marie-bon-pain-Latchezar Ochavkov j ai lu

Bravant le copyright et les droits d’auteur, je vous livre les passages suivants :
 
Je suis fille de Comté Franche
Dans ma clairière chante l’oiseau
L’oiseau fait s’incliner la branche
Pour saluer le renouveau.
 
 
 
Je suis de la forêt doloise
Dans mon pays chantent les eaux
Les eaux de la terre comtoise
Où viennent boire tous les oiseaux
 
La Vielle-Loye est mon village
Au cœur de la forêt de Chaux
La source fait son babillage
Qui se mêle au chant des ormeaux
 
Je pourrais faire le tour du monde
Je ne trouverais pas plus beau
 
Que notre source vagabonde
Et notre forêt aux oiseaux.
 
marie-bon-pain-Latchezar Ochavkov j ai luMarie Bon pain ne fait pas que le pain ! elle fait aussi du fromage.
« Les faisselles de terre étaient prêtes, avec le pochon et le grand plat de bois où recueillir le petit-lait. C’était le moment. Et, parce que le travail avait toujours mené sa vie, parce qu’elle n’eut jamais supporté de gâcher du lait, Marie se mit à l’ouvrage. Ses mains tremblaient encore, mais, très vite, les gestes eurent raison de son trouble. Elle puisait lentement dans une large terrine vernissée le lait caillé dont elle emplissait aux trois quarts chaque moule percé. Puis, posant sa louche, elle battait de la paume des mains le flanc de la faisselle qu’elle faisait tourner lentement. Le caillat s’égalisait ainsi. Elle en ajoutait un peu et se remettait à taper. Ensuite, elle alignait les moules sur la planche creuse. C’était une tâche qui demandait de l’attention si l’on voulait que les fromages soient réguliers. Comme les chèvres donnaient encore bien, Marie comptait confier un jour une claie de fromages secs à son frère qui les vendrait dans une auberge de Parcey. »
 
« - Brouillard en novembre, ciel clair en décembre, dit Bisontin en guise de bonjour.
- Ah, fit Marie. Ça vient d’un autre pays. Je n’avais jamais entendu ça ici.
- Moi non plus, dit-il en riant.
- Alors ?
- Alors, je le dis comme ça. Parce qu’il faut bien se donner de l’espérance.
- Toi, tu trouves de ces choses !
- Au fond, le brouillard, c’est ce que la terre a gardé de l’été mêlé à ce que lui donne l’automne. Ce qu’elle transpire aujourd’hui, elle n’aura plus à le transpirer plus tard. En somme, ce que je dis c’est logique. Plus il y a de brume en novembre, moins on risque d’en voir en décembre.
Marie était dans un de ses moments de grande admiration. C’était la première fois qu’elle voyait un homme inventer un dicton. »
 
Au coin du feu…. Un peu de paix chez Marie Bon Pain.
« Le feu ronronnait de joie devant le contrecœur de fonte où se démenait des vouivres noires. »
 
Contrecœur : Mur du fond de la cheminée et de la plaque en fonte, que lʼon accroche à celui-ci.
Noé Raimondo Bordignon

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Hugh Cameron

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