L’indomptable Lacuson, de André Besson

Publié le par am lecture

L’indomptable Lacuson, de André Besson
André Besson relate ici, plus ou moins romancée, l’histoire de Claude Prost, de Saint-Claude (Jura), qui sous le nom de Lacuson combattit pour la défense de la Franche-Comté.
Si pour certains, il est un héros franc-comtois, pour d’autres c’était un bandit.
Il a pourtant à son actif quelques hauts faits historiques.
Ce livre permet de se replonger dans l’histoire de la Franche-Comté, du temps où elle était un petit territoire, un peu isolé, du gigantesque empire de Charles Quint. On y parcourt dans ses moindres chemins un pays ravagé par les troupes françaises et les mercenaires de tout bord.
André Besson parvient, malgré les horreurs de cette terrible guerre qui frappa la région, à nous décrire les beaux paysages de la région, de Saint-Claude à Dole, la forêt de Chaux en passant par le Val d’Amour.
 
Je ne présente plus ici André Besson, laissant le soin à mes lecteurs de faire la recherche, mais c’est un auteur prolifique qui a à son actif de nombreux téléfilms des années 1960-1970.
 
Photo couverture : Christophe Carisey. Il me semble qu’il s’agit du Castel Saint Denis vers Cléron, mais sans certitude.
Page 28 le grand juge inquisiteur (noté pour info)
 
« Il s’agissait du grand juge inquisiteur. Tous les sanclaudiens connaissaient son nom pourtant compliqué. Il s’appelait Dom Francisco Sanchez Guadalajara. Envoyé par le roi Philippe III d’Espagne, il était arrivé en Franche-Comté une dizaine d’années auparavant pour y poursuivre l’œuvre purificatrice du juge Henri Boguet décédé en 1619, en qualité de commis au gouvernement spirituel et temporel de l’Abbaye de Saint-Claude. Depuis lors, sans être aussi productif que son prédécesseur, il avait quand même instruit une bonne centaine de procès en sorcellerie et en hérésie. » 
 
Henry Boguet (né à Pierrecourt, Franche-Comté, en 1550 et mort le 23 février 16191), est un grand juge de Saint-Claude (1596 à 1616), au comté de Bourgogne et légiste très reconnu en son temps.
 
Page 58 Lacuson s’introduit dans Louhans, alors zone ennemie, déguisé en infirme loqueteux.
Il est arrêté par les gardes, et fais le muet pour ne pas trahir son accent sanclaudien. Questionné et secoué par le garde, il reste sans répondre que par des « franhanhan… ».
 
« Plus habitué à la violence qu’à la réflexion, la brute casquée mit un certain temps avant de comprendre. Comme un chien auquel on arrache un os, il lâcha finalement, non sans regret, la souquenille du faux infirme. » (André Besson, l’indomptable Lacuson)
 
Souquenille :
Le Larousse.fr donne cette définition :
Longue blouse, en grosse toile, que portaient les cochers, les palefreniers (XVIIe et XVIIIe s.)
Siège de Dole en 1668 par Frans Van der Meulen

Siège de Dole en 1668 par Frans Van der Meulen

Page 88
«…on lui avait donné une bourse bien garnie de pistoles d’or frappées à Besançon et de patagons d’argent sortis de l’Hôtel des monnaies de Dole. »
 
patagons
Le thaler à croix bourguignon appelé aussi en français « écu à la croix de Bourgogne » ou «patagon», est un type de thaler, une pièce d'argent frappée pour la première fois au début du XVIIe siècle dans les Pays-Bas espagnols. Le nom, en allemand, provient du gouverneur des Pays-Bas d'alors, Albert VII de Habsbourg. Le poids du « patagon » était d'une masse sensiblement inférieure au thaler standard, qui était l'étalon monétaire officiel du Saint-Empire
Le thaler est une ancienne pièce de monnaie en argent apparue au milieu du XVe siècle, et qui circule en Europe pendant près de quatre cents ans.
Les troupes espagnoles ont fini par appeler cette pièce du mot générique « patacón » (dérivatif du mot arabe « batakká »).
Patagon Philips IV. Frappé à Bruxelles. 1621Patagon Philips IV. Frappé à Bruxelles. 1621

Patagon Philips IV. Frappé à Bruxelles. 1621

Page 98-99 Chapitre IX – Dans le Val d’Amour
Ici André Besson relate l’arrivée de la petite troupe de Claude Prost, Lacuson, dans le Val d’Amour. Sont citées les communes de Parcey, La Loye, Quingey…Le Deschaux, la Loue, le Mont Poupet, Salins
 
« Depuis Parcey, les cavaliers remontèrent la rive méandreuse de la Loue pour arriver dans une contrée curieusement surnommée le Val d’Amour. Lacuson en informa ses hommes sans cependant pouvoir leur expliquer pourquoi on appelait ainsi cette superbe région. Depuis le départ de Parcey, il savait cependant quelle serait leur prochaine étape. Il s’agissait du village de La Loye, une localité par laquelle il avait autrefois transité au retour de la foire de Quingey qu’il fréquentait chaque année.
En gravissant un coteau menant à une sorte de terrasse naturelle, les Sanclaudiens découvrirent un paysage d’une beauté paisible. Un vaste horizon de plaine parsemé de prairies, de champs, de bosquets. Un véritable camaïeu de couleurs où dominaient le vert des prés, le jaune des moissons arrivées à maturité. La grosse veine de la Loue serpentait au creux de la vallée, miroitant ici et là entre des rideaux de peupliers et de saules vénérables. Une route empierrée déroulée comme la longe d’un fouet accompagnait parfois ses capricieuses sinuosités. Elles allaient se perdre aux confins du ciel, au pied d’une énorme montagne. Du doigt, Lacuson désigna cette espèce de monstre assoupi et déclara :
- c’est le Mont-Poupet. Salins est là-bas, à ses pieds… »
 
Page 127
En nota, il est mis « un violent orage survenu dans la nuit du 7 au 8 août 1636 avait détruit le clocher de la collégiale Notre-Dame de Dole déjà fortement ébranlé par les canonnades françaises. »
 
Alfère
« Malgré son jeune âge, l’officier, qui avait servi en qualité d’alfère dans un régime de Sa Majesté le roi d’Espagne, connaissait parfaitement le métier des armes. »
 
Pas de trace de ce mot dans le dictionnaire…
Nobiliaire des Pays-Bas, et du Comté de Bourgogne ..., Volume 7Nobiliaire des Pays-Bas, et du Comté de Bourgogne ..., Volume 7

Nobiliaire des Pays-Bas, et du Comté de Bourgogne ..., Volume 7

Page 204 espinasseur
« Pressé de questions, il livra de nombreuses informations sur la bande de Lespinassou. D’abord, le véritable patronyme de celui-ci qui s’appelait Etienne Maire et était espinasseur, une profession d’où il tenait son surnom. »
 
Lespinassou finit d'ailleurs bien mal. C'était un véritable bandit, dont la seule ambition était le pillage.
« Lespinassou de son vrai nom : Etienne Maire, était espinasseur de profession ( Grâce au site de D. Chatry " http://www.vieuxmetiers.org/ , j'ai enfin appris (le 30 octobre 2005) en quoi consistait cette énigmatique profession : un espinasseur, c'était un tailleur de pierre spécialisé dans la taille de petits pavés d'environ 5cm de coté.
Lespinassou fut pendu le 13 décembre 1694 à la suite d'un banal vol de fromage, de bris de prison et parce que il était marqué au fer rouge de la fleur de lys sur l'épaule droite donc déjà condamné dans le passé. L'exécution eut lieu sur la place publique de Lons-le-Saunier où son cadavre resta exposé pendant dix heures. » (source http://www.mes-annees-50.fr/xavier_de_montepin.htm) (source : Robert Fonville : 1955, Lacuson, héros de l'indépendance franc-comtoise, aux éditions Marque-Maillard - 13, rue Lecourbe, 39000 Lons-le-Saunier)
 
Tailleur de pierre spécialisé dans la taille de petits pavés d'environ 5cm de coté. (source : http://www.vieuxmetiers.org/lettre_e.htm#espinasseur)
 
 
Espinasseur, Espinassier. Vendeur d’épinards et autres salades. Aussi fabricant de
bière : voir Brasseur.
 
Quel est donc finalement ce métier d’espinasseur ?
On pourra toujours se régaler en consultant la liste faite par les Amis d’Allégre, illustrée.
Page 245 s’acagnarder
 
« Ce jour-là, la patrouille comtoise poussa sans difficulté jusqu’aux environs de Saint-Maur, village situé sur les hauteurs à près de deux lieues de Montaigu. La montée devenant de plus en plus pénible et la neige ayant fait perdre à Lacuson la mémoire du chemin, il fit faire demi-tour à ses cavaliers. D’ailleurs l’expédition n’avait jusqu’ici rien remarqué d’anormal. En ces temps de grande froidure, les Français sortaient peu de leurs postes à l’intérieur desquels ils s’acagnardaient en attendant des jours plus cléments. La seule rencontre de la troupe fut celle d’une loutre courant maladroitement sur la neige pour regagner son gîte quelque part près d’un ruisseau gelé. »
 
Définition sérieuse prise sur le site du centre National des Ressources Textuelles et Lexicales :
 
1. Rendre cagnard, c.-à-d. paresseux comme un chien.
2. P. ext. Accoutumer qqn à une vie oisive ou libertine.
B.− Emploi pronom. [Gén. suivi d'un compl. de lieu introd. par dans, à, sur, chez, plus rarement sous ou contre]
1. S'installer de manière à mener une vie paresseuse. Synon. cagnarder, fainéanter :
 
Vi, mais en même temps, nous ne sommes point si sot pour ne point avoir deviné ce que recouvrait ce verbe oublié.

Commenter cet article