Les livres.. à jeter ! Peut-on jeter un livre ?

Publié le par am lecture

Lu en octobre 2016, repris après un arrêt datant de juillet… mais… vraiment du mal à finir…
Achat chez Noz de début 2016.
Papier mâché de Patrice Delbourg (éditions du Rocher).
Papier mâché, papier gâché…
 
Dommage, quand on a du vocabulaire et certainement de l’érudition, de croire que ses fantasmes de fond de boudoir et de matelas défoncé doivent faire l’objet de publication et diffusion. Quelle prétention d’imaginer que cela puisse intéresser et mérite, sinon l’éternité, du moins une quelconque longévité via le support papier.
J’ai eu la misère d’acquérir ce livre dans un magasin bas prix, il arrêtera dans ma poubelle, déchet organique, son parcours. Dans mes ordures, ça sera ma censure.
Mon côté féministe, certains diront castratrice, d’autres intégriste. Mais peu m’importe. Je ne serai pas la partageuse de ce gâchis de papier, de cellulose mâchée…
Même si, on ne sait trop pourquoi, l’auteur cite deux villes de la région. Si peu souvent citées, et en générale pas trop en bien dans la littérature, vue de la capitale, vu des bobos parigots.
 
Le ton est vif, acéré, les phrases hachées, inachevées, bâclées, jusqu’à l’incompréhension. Peut-être n’ai-je pas les références littéraires ou bédéphiles pour comprendre (1).
 
Imitation de Céline sans sortir des bureaux d’un journal ou du caniveau ? Écrits résultant d’un ennui récurrent dans les couloirs d’un journal en perte de lecteurs ? Un torchon avec du vocabulaire. Et encore torchon est presque trop propre pour ce ramassis de papier… mâché !
A noter toutefois en début du livre, un passage où le personnage principal entre dans une librairie, réclame un livre, et se met à y corriger les fautes sous le regard médusé et outré de la libraire.
« C’est que voyez-vous ce sont des fautes professionnelles impardonnables. Le correcteur n’aurait jamais dû laisser passer de telles négligences. C’est criminel. Si je le tenais devant moi, je lui dirais sans ménagement ma façon de penser, cela pourrait vite dégénérer. Je le frapperais, je crois. Cela fait des années que je suis miné par ce genre de je-m’en-foutisme, il y a des voyous partout, vous savez… »
Elle voulut rechercher les gribouillages de l’intrus. C’était humain, non. D’abord elle ne trouva pas la page. Puis le livre s’ouvrit naturellement aux passages rectifiés. Il s’agissait, face à face, de deux simples corrections orthographiques. « Il pleuvait à torent sur les quartiers de sa petite enfance. » L’homme avait rajouté rageusement un « r » à torrent, accompagné de trois points d’exclamation volcaniques. Sur la page en vis-à-vis on pouvait lire : «Il n’était plus qu’un vieux cheval boiteux, bon à mettre au rancard. » Le « d » avait été lacéré, remplacé par un « t » tonitruant et escorté de la mention : « Salaud, vous ne respectez donc rien ! ».
Voici tout de même un ou deux extraits :
 
P 23 :
« Tout compte fait, on apprend dans les écoles de journalisme que le lecteur est amnésique et que les marronniers poussent à l’envi sous les varangues des news. »
 
P54
« Le cornac de la rédaction, tout frais émoulu du CFJ de Vesoul, avec l’arrogance d’une suprématie prépubère, aimait lancer un défit au Trivial Pursuit à ses commensaux. »
Et oui ! défi avec un « t » !!!! comme quoi… l’auteur, Patrick Delbourg, pourrait lui aussi aller griffonner ses propres livres dans les librairies…
« Vouloir casser la baraque à chaque prise de safran, voilà le vœu secret de chaque nouveau coryphée. Risible. L’étambot casse et le cap est à réinventer. »
 
Varangue, étambot… des termes de marine…
Coryphée : chef de chœur dans la tragédie et la comédie
 
Page 61
« Une écriture débridée, jetée artiste, brûlante, du piment sous la langue, contre une écriture docile, factuelle, informative, qui lancequine sous elle, gargouille en plein orage. Le secret contre le scoop. »
 
Je ne citerai pas ici toutes les phrases contenant des mots dont j’ignore la définition. Ceci prendrait trop de temps, trop de place, et trop d’importance pour ce livre sans intérêt.
Des ballerines coxalgiques (coxalgie : Douleur de la hanche), des autres mots, scorsonère (délicieux légume oublié), faseye dans une musique bleue, condottière, etc… j’avoue, je n’ai même plus chercher ce qu’était les érubescences ni les gloires immarcescibles… J’avais hâte d’en finir !
 
(mais quelle idée,
n’est-ce pas de toujours vouloir terminer
les livres commencés aussi nuls que je les trouve ???
Réponse : JE NE SAIS PAS !)
 
Page 73
« La plupart des livres d’aujourd’hui ont l’air d’avoir été faits en un jour avec des morceaux de livres digérés la veille. »
 
Et quelques pépites qu’on pourrait dire « bien envoyées » si elles n’étaient noyées dans ce flot d’absurdité :
Page 92
Sa femme :
« -Si tu penses, mon pauvre Klébs, que je suis telle que tu me vois dans ta tête, il te faut déménager dans l’heure »…. « Tu dis qu’une femme qui aime doit tout faire »…. « la vie amoureuse n’est pas un catalogue de sex-shop. » … « On ne reste pas avec quelqu’un dont on pense secrètement qu’il vous veut du mal quand on dort. »
 
Voilà, ce personnage principal ira en thalasso avec sa mère… ils se feront virer assez rapidement.
 
Bref, l’histoire d’un journal vieillissant et d’un journaliste devenu mobilier et tout aussi vieillissant…
 
 
(1) Ainsi, je perds beaucoup dans la lecture de Huysmanns et son À rebourds.
 

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