La souveraine de Gilbert Cesbron

Publié le par am lecture

Gilbert Cesbron – La Souveraine
Edition Le Livre de Poche 1964 -                                               Lu en 2016 :
 
 
CESBRON, c’est mon adolescence et le début de ma vie d’adulte.
Je pense être une des rares jeunes à avoir lu Cesbron vers mes 20 ans…
Qu’ai-je lu de lui à ce jour ?
 
- Journal sans date (c’est avec ce livre que j’ai pris connaissance d’Oradour sur Glane…)
- Chiens perdus sans collier
- Ce siècle appelle au secours
- Il est minuit, docteur Schweitzer, suivi de Briser la Statue
 
Récemment, du moins ces 10 dernières années :
- La ville couronnée d’épines (j’ai du lire ça en 2013-2014)
- Notre prison est un royaume
La souveraine - 1964

La souveraine - 1964

J’ai déniché « La souveraine » je ne sais trop où, bouquiniste j’imagine…
 
C’est une belle histoire de femme qui règne sur un domaine dont elle est La Souveraine. Madame R. c’est son nom, régente Boismort qui meurt petit à petit dans les souvenirs du passé. Du domestique à la famille, tous se plient aux directives de Mme R. veuve.
La petite Sybille laissée là par ses parents tente d’égayer les lieux, de faire revivre le jardin et les plantes. Y parviendra-t-elle grâce à sa jeunesse et sa gaîté ?
 
En reprenant ce livre, je relis le premier paragraphe, sur le vent. Les éléments sont également des personnages du livre, le vent, la pluie, le soleil, le feu, l’eau, l’humidité des murs. L’arbre et le papillon jouent leur rôle, leur présence permanente symbolise la vie, forte et solide, et si fragile aussi. Mais au deux tiers du roman, le Vent porte majuscule selon Cesbron.
 
L’histoire débute en 1890 « La nuit, on mettait des lumières pour attirer les papillons… » et se déroule aux environs de Vierzon.
Chapitre I – « Le vent fit trois fois le tour de la maison blanche sans rencontrer une seule issue. Des molletons étouffaient les rainures des fenêtres, feutraient les défauts des portes : la demeure entière vivait en pantoufles… Derrière chaque croisée, écluse de velours, des triples rideaux pesaient sur leurs embrases et débordaient les cordelières à glands.
- Tant pis pour eux ! souffla le vent. Je leur portais le parfum de la dernière rose blanche. Ils préfèrent l’odeur du cigare…
Un instant il regretta les moulins, les voiliers : toute entente avec ces diables d’humains qu’il voua aux tornades, à l’incendie et aux maladies pulmonaires – puis il disparut du côté des vignes. »
la souveraine, version plus récenteM. R. était féru de sciences et de progrès. Ils recevaient donc au domaine quelques autres savants.
Page 28
« A côté, les messieurs ont élevés le débat et saluent l’Ere définitive. La Science, avec le ballon dirigeable, le gramophone et la photographie, accroît à l’infini la puissance de l’Homme. (« Ce poulet est fameux ! ») Maître de son destin, l’Homme (« Cigare de la Havane, mon cher!») qui déjà dirigeait la foudre et chassait la grêle à coups de canon, fixe pour l’éternité les images et les sons. (« Et ce veinard de R. a une femme ravissante ! ») Mais eux-mêmes : l’Explorateur, l’Aéronaute et le Savant, forment le triumvirat de ce XXe siècle si proche, si redouté des âmes simples, et dont leur collègue Jules Verne est le prophète… »
 
Sybille, petite-fille de Mme R. est envoyée seule par le train, jusqu’à la maison de sa grand-mère.
Page 94
« Ouf ! « Les marchepieds ne sont pas construits à la mesure d’une petite fille de onze ans qui traîne une valise trop lourde…) Sibylle ne cherche pas à savoir si cette ville s’appelle BUVETTE, VOIRIE ou VIERZON ; seuls l’intéressent le quai 3, la voie 5 – et l’y voici parvenue, après des escaliers et des souterrains suintants où elle courait, de peur qu’un train ne vint à ni la nuit, ni la pluie : tout est clair, sec, géométrique et d’un gris poussiéreux de tableaux noir mal effacé. Cette verrière est une serre sale où poussent démesurément réverbères, signaux et toutes sortes de plantes métalliques. Chaque quai borde deux canaux redoutables. Sibylle n’a jamais très bien su si les rails de ce métro-là étaient ou non remplis d’électricité. »
 
Page 139
« J’ai fait mon temps en 72, juste après l’autre guerre… Ou plutôt… Voyons, cette exposition à Paris, avec la danse du ventre, c’était en 78 ou en 89 ?... En tout cas, l’année du déraillement de Vierzon, j’avais mes quarante ans ; eh bien, c’était en… »
 
Page 335 le vent, la vigne, la terre.
« Assez ri ! » dit le Vent. D’une paire de gifles il tourna et retourna les feuillages, puis il ouvrit les vannes du déluge et regarda les humains fuir dans toutes les directions en se couvrant la tête. »
« Derrière la vitre de sa chambre, Sybille faisait comme lui. Elle l’avait d’abord grande ouverte à l’orage ; aux fouets, aux algues de l’orage qui lui flagellaient le visage. Maintenant, elle trouvait plus amusant d’observer la tempête depuis sa passerelle de commandement. »…. « Sybille pouvait croire que c’était la maison toute entière qui levait l’ancre et tendait au large. Elle aperçut Mme R., petite barque noire qui regagnait le port en tanguant et roulant, et son chapeau de toile cirée lui parut livide sous l’averse. »
 
Sybille passe de nombreuses heures avec Codic, le closier qui s’occupe du domaine. Il vit seul dans une petite maison secondaire du domaine, sa femme l’a quitté, il y a bien longtemps. Il l’attend toujours.
 
Closier : Désuet) Petit métayer qui tient une closerie avec un bail à ferme (à loyer fixe).
« Des closiers labourent des champs perpendiculaires. » — (Honoré de Balzac, La Femme de trente ans, Paris, 1832)
 
 
J’ai beaucoup aimé ce roman à l’atmosphère surannée.
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Petite Jeanne 23/03/2017 10:02

Tu sais quoi? je n’achète que très rarement des livres mais depuis que j'utilise le numérique, Je fais mon choix chez toi, on en trouve beaucoup en téléchargement gratuit....

am phot'saône 23/03/2017 12:07

Merci beaucoup. Comme je lis des livres "anciens" d'auteurs disparus depuis un moment, ils se retrouvent en ligne gratuitement et tant mieux alors !
Des auteurs qui savaient écrire et qui ont du vocabulaire.

bonne lecture.
bisses