La trahison de Thomas Spencer de Philippe Besson.

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Voici l’ordre de mes lectures « Besson Philippe ».
Je termine par la trahison de Thomas Spencer en cette année 2017.
La trahison de Thomas Spencer de Philippe Besson.
Dans ce volume qui semble recevoir les meilleurs critiques au vu des notes en deuxième de couverture, Philippe Besson nous narre les « mémoires sentimentaux » d’un jeune homme né le 6 août 1945, « jour où l’Enola Gay a balancé sa cargaison sur une ville du Japon appelée Hiroshima. »
S’égrènent au fil des pages l’Histoire récente des États-Unis d’Amérique contée par le personnage principal dont on sait qu’il n’est pas autobiographique, Ph. Besson n’étant pas né à Natchez, Mississipi. En tout cas pas autobiographique pour ce qui est de la géographie… pour le reste…
L’Amérique des années 50-60-70 c’est la ségrégation, l’arrivée de la télévision, l’après-guerre 39-45, la guerre froide, l’ère spatiale, Ike, J.F.K. et Nixon, Castro et la guerre du Viet-Nam…
Notre narrateur vit seul avec sa mère, abandonnée enceinte, et il passe le plus clair de son temps avec son ami, son meilleur ami, son seul ami : P A U L.
Je n’y ai pas retrouvé mes premiers Besson, malgré les notes sus rappelées : « du meilleur Besson »… « ceux qui ont aimé ses précédents romans vont adorer »… Non. Pas moi.
Il ne m’a pas paru aussi fluide.
Trop américain pour moi ? Trop intimiste dans les éveils adolescents ?
 
Beau passage sur la solitude toutefois. Et témoignage très réaliste d’une amitié profonde, sans concession, prête à tous les sacrifices, ouverte à toutes les blessures et… les trahisons.
 
Page 54. Le narrateur a 12 ans. Sa mère, seule, travaille à l’hôpital.
« Maman rentrait de plus en plus tendue de l’hôpital, de plus en plus épuisée aussi. C’était sur elle, cet épuisement. On aurait dit qu’elle portait un fardeau, chaque jour plus lourd. Je voyais ces traits se creuser, son visage s’affaisser, et une sorte d’abattement s’emparer d’elle.
Au début, je n’ai pas posé de questions. Quand un enfant observe une telle faiblesse chez sa mère, son premier réflexe, le plus souvent, est de se taire, de garder ses questions pour soi. On n’ajoute pas l’inquisition à l’éreintement. On suppose qu’en gardant le silence on laisse croire qu’on n’a rien remarqué."
….
Un fils qui demande à sa mère comment elle va accomplit un pas de géant, il grandit d’un coup, il se sent les épaules pour prendre le malheur avec lui.
….
C’est son « veuvage » qui la protégeait, sa solitude. On s’attache à ne pas blesser davantage une personne enkystée dans une telle solitude. Et puis, c’était ma mère, et je l’aimais, voilà. »
 
Page 93. L’arrivée au domicile de la télévision.
« Avec la télé, nous avons fait entrer le loup dans la bergerie. Et nous ne l’en avons plus délogé.
« Je ne me fais pas le chantre de l’obscurantisme (ce n’est pas tellement dans mon genre), mais je comprenais ceci : nous avions été heureux sans savoir et dorénavant il nous faudrait nous battre pour continuer à l’être alors que nous savions ».
 
« Les postes se sont modernisés, la couleur est apparue, le monde a continué à tourner mal. Toutefois, il me reste quelque chose de ma « première télé » : le souvenir d’un pincement au cœur.
Page 118. Paul et Claire. Paul et sa liaison éclair avec Claire. Paul et Claire….
Je m’amuse de cette liaison entre « et » et « Claire… que mon cerveau fait alors que mes yeux lisent ce qu’écrit l’auteur :
« La liaison de Paul et Claire (j’aime bien ce mot de liaison, qui a un caractère suranné, qui ne convient pas parfaitement à la situation, mais la résume pourtant) a duré de l’automne 61 à l’été 62.»
Cette liaison engendre l’abandon provisoire de l’ami d’enfance..
« Je pourrais parler d’éloignement mais c’était davantage que cela. Je me souviens de quelque chose de violent, qui m’a fait du mal. J’ai fait connaissance avec la solitude. »
 
« Il en va de la solitude comme des plantes : il en existe plusieurs variétés. »
Suit le détail de 5 variétés de solitude à la Philippe Besson, où l’on se retrouvera bien, puisqu’il sait si bien décrire nos ressentis.
La trahison de Thomas Spencer de Philippe Besson.
p. 148 :
« Je me demande parfois quelle femme elle est aujourd’hui. Oui, que deviennent ceux que nous avons aimés et perdus ? ».
 
p. 151 :
Paul et Thomas passent le plus clair de leur loisir… à ne rien faire.
« On peut sans doute mieux employer son temps livre : préparer son avenir ou, au contraire, mordre à pleines dents dans l’instant présent ; se mobiliser pour quelques causes ou travailler à son propre destin ; rencontrer de nouvelles têtes, élargir son horizon, lire tous les livres, voir tous les films. Nous n’avons rien fait de tout cela. Moi, je ne le regrette pas. C’était la vie aussi, cette inutilité, ces heures inoccupées. C’était notre vie. »
 
 
Et puis… au hasard de quelques pages, des titres de chansons… voulu ? ou pas ? ;)
P153 : « Mais, au fond de nous, nous avions compris que c’était autre chose qui nous attendait désormais, une existence dans laquelle l’autre n’aurait plus la première place, un âge où il nous faudrait nous débrouiller par nous-mêmes, un autre chemin. »
 
P162 : « Il y a eu l’orgueil blessé, parce que ce genre de chose ne pouvait pas arriver, pas à nous, pas ici, pas dans ce pays, il y a eu la conscience de notre fragilité : nous étions donc un colosse aux pieds d’argile. »
 
Et là, si vous en doutiez encore, page 166 :
« Même les filles ne m’intéressaient guère, j’avais perdu le goût du bonheur, je n’avais pas encore celui encore celui de la conquête. »
Qui fait immédiatement penser à « Tu avais perdu le goût de l'eau
Et moi celui de la conquête ... »
 
….. Voilà, je me suis ennuyée à cette lecture…
La trahison de Thomas Spencer de Philippe Besson.
Éditions Julliard – 2009
Neuf : 19 Euros -  Emprunt Médiathèque de Fayl-Billot.
Illustration de couverture : High Road, 1931, de Edward Hopper. Withney Museum of American Art. @ Akg.images
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Publié dans Amérique, Livres, Hommes

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