la nuit de la Saint-Jean, la chronique des Pasquier - Duhamel Georges

Publié le par am lectrice

la chronique des Pasquier, Georges Duhamel

 

DUHAMEL Georges…

de l’Académie Française…

voilà qui suffit à me faire acheter ce petit Livre de Poche édité en 1964, et ce roman écrit en 1935 semble-t-il.

Il n’est pas dit qui a fait l’illustration de cette édition.

Il n’y a guère que dans les boutiques d’Emmaüs que l’on trouve aujourd’hui ces « vieux » auteurs, ou chez les bouquinistes ayant beaucoup de place, et…  un certain âge ! Les jeunes bouquinistes ne s’embarrassant que de livres « qui rapportent », anciens mais ayant une bonne valeur (historiques, régionaux, rares, reliés cuir, etc…) ou plus récents, disons « encore lu de nos jours » !

Et puis, il faut que le livre soit d’un état quasi neuf… un livre de 1964 en format « poche » devra donc être en parfait état malgré son âge relatif.

 

Me voici donc finissant mon Georges Duhamel et, comme à mon habitude, c’est à la fin que je lis le

résumé, les quelques lignes sur l’auteur qui figurent dans ces éditions du siècle dernier (le XXe…). Pasquier, Pasquier… ce nom ne m’était pas inconnu hormis le pain, les brioches, et des personnes de ma connaissance. Je veux dire qu’il ne m’était pas inconnu dans les rayonnages de mon subconscient, au casier « littérature », onglet « saga » ! Bon sang, mais c’est bien sûr ! la Chronique des Pasquier !

Voilà, je me suis faite encore abusée par un nom académicien et n’ai pas vérifié s’il y avait des précédents et des suites… j’ignore donc l’avant de Renaud Censier ou de Laurent Pasquier, et l’après de Cécile et Suzanne Pasquier…

 

Quelques titres m’inspirent pourtant comme ce « Le Notaire du Havre » et le dernier « La Passion de Joseph Pasquier »…
Tous ces titres comme celui que je viens de terminer « La Nuit de la Saint Jean » bourré de majuscules parfaitement inutiles. Le Livre de Poche serait-il la collection qui nous a fait prendre cette fâcheuse habitude de mettre des majuscules à tous les mots comme les anglais ???
Ceci est une autre histoire…
 
Donc, cette nuit de la Saint-Jean, où tout le clan Pasquier et quelques invités triés sur le volet, sélectionnés parmi la fratrie, sont réunis dans la maison de Joseph, l’orgueil de Joseph, la Pâquellerie, que ce passe-t-il ?
Nous sommes replongés dans l’atmosphère des « grandes familles » assez fréquente dans mes lectures et peut être en littérature, ou alors ce sont mes propres choix qui m’y reconduisent.
Le financier de la famille veut monter, se montrer en remontrer. Nous avons là un frère un peu méprisé, une sœur musicienne hors du temps, un frère scientifique amoureux, l’ami dudit frère amoureux lui-aussi de Cécile, la musicienne (comme son nom l’indique), Suzanne, la petite, qui fera l’objet d’un autre livre, plus tard, Suzanne et les jeunes hommes, le père plus que volage, la mère au milieu de tout ça. J’en oublie ? ah oui, les conjoints, gendres et brus dont l’une un jour voulait créer l’amicale des conjoints Pasquier. Il y a donc l’ami poète et juif, revenu de Terre promise, et quelques lignes à ce sujet, la religion, la race, qui serait un obstacle. D’ici à ce que je lise que l’auteur aurait été taxé d’antisémitisme et je m’expliquerai le silence. Mais non, sous l’Occupation, il vit son œuvre interdite.
Et nous avons les invités, le patron de Laurent, Renaud Censier, scientifique dont l’âge m’échappe s’il a été dit dans le livre mais trop vieux pour cette jeune assistante de 21 ans qui trouble les esprits. Un peintre satyre dont on suspecte l’attirance pour les toutes jeunes filles et d’étranges propos que de nos jours on imagine les romans de cette époque (1935 tout de même)  dépourvus. De la grossièreté chez un auteur académicien ? C’est oublier une littérature qui n’était pas diffusée au grand public et éditée à grande échelle chez les bonnes gens. C’est oublier tout simplement sans chercher plus loin notre amie Colette et ses amies, et d’autres livres qu’on ne mettaient pas entre toutes les mains et dont pour la plupart nous ignorons l’existence, et aussi ces romans dont la censure a pu enlever la substantifique moelle.
le jardin romantique et la chaise en métal comme de la dentelle

le jardin romantique et la chaise en métal comme de la dentelle

A la Paquellerie, nous voici à la bonne table, dans cette bonne société des Pasquier montants, nous nous promenons dans le parc, il fait chaud, les couples de parleurs se forment, se déforment. Certains parlent et se dévoilent, d’autres se taisent, espérant, attendant, désespérant. Différence de cœur, différence de milieu social, différence d’âge, différence d’ambition, différence de choix de vie…
On attend le drame… Il ne viendra pas. Les pleurs, oui. La fuite aussi.
Du coup ? je vais fouiner dans les rayonnages de mes alentours pour avoir le début et la fin !
 
Voici la liste des livres formant la Chronique des Pasquier : Le Notaire du Havre, Le Jardin des Bêtes sauvages, Vue de la Terre promise, La Nuit de la Saint-Jean, Le Désert des Bièvres, Les Maitres, Cécile parmi nous, Le Combat contre les Ombres, Suzanne et les Jeunes hommes, La Passion de Joseph Pasquier.
J’ai respecté les majuscules de cette édition de 1964 « Brodard et Taupin – imprimeur – relieur, Paris-Coulommiers – France ».
le clan Pasquier  -  Le Chemin montant de Caillebotte 1881le clan Pasquier  -  Le Chemin montant de Caillebotte 1881

le clan Pasquier - Le Chemin montant de Caillebotte 1881

Tableau ci-dessus : Le Chemin montant de Caillebotte 1881 (on peut cliquer dessus pour voir mieux).
Oui, j’aime ces vieux livres car c’est bien écrit, ou, à force d’en lire, je suis adepte de ces tournures de phrases alors que je me heurte sur les livres de mes contemporains.
On y retrouve des attitudes surannées, et des mots oubliés, obsolètes, passés de mode.
A quelques rares exceptions, les hommes y semblent respectueux, en tout cas les héros principaux, la mauvaise personne y est clairement mauvaise ou suspecte.
Nous sommes en 1906.
Page 50 l’Abbé Châtellier à Renaud Censier venu lui parler :
« - Comme tu es jeune, mon ami !
- Oh ! murmura Renaud, tu ne me vois pas, permets-moi de te le dire. Chaque jour, maintenant, j’ai la visite.
- Quelle visite ?
- La visite du vieillard. Il reste parfois une seconde, parfois une heure, parfois plus longuement encore. Il vient habiter une jambe, un doigt, une jointure, un organe interne et, pis encore, une de mes pensées.
- De quoi te plains-tu ? fit gravement le prêtre, ta vie est belle, Renaud. Ta vie est selon tes œuvres. »
« - Que sais-tu de ma vie ? »
 
Page 55 Renaud, torturé par sa passion pour la jeune Laure, ne parvient à se confier à son ami et parle d’immortalité.
« L’abbé ouvrit enfin ses lèvres tremblantes :
- Peut-être n’es-tu pas encore assez malheureux.
- Tais-toi Guillaume. A certaines heures, ça s’élève comme le vent. Et ça souffle. Ça souffle noir. »

 

Page 107 ces mots vieillis ou employés seulement en littératures…

Justin et Laurent doivent retrouver leur ami dans lieu de divertissement, chez Papillon.

« Entre, mon vieux Justin, et descendons dans la spélonque . Ah ! c’est déjà presque plein. »

Spélonque, souligné comme il se doit par mon outil dactylographique de 2017.

Vx ou littér. Caverne, grotte. Cet ami avait ouï parler des (...) spélonques de Lourdes (...). Nous fîmes la route à cheval, et, après avoir déjeuné à Lourdes, nous prîmes un guide et le chemin des cavernes (SandHist. vie, t. 4, 1855, p. 25).

− P. métaph. Il s'était mis au lit sans avoir été rendre visite à la cave secrète, à la spélonque pleine de coffres et d'armoires (DuhamelPassion J. Pasquier, 1945, p. 186).

 

Page 143… Laurent et les toits de Paris
« A tâtons, il traversa la chambre et vint jusqu’à la fenêtre profondément encaissée dans les lambris. La nuit était laiteuse et claire : une belle nuit de turquin. On apercevait Paris, non de très haut et de très loin comme on le voit de la cime des collines ou des édifices illustres, mais plutôt comme le nageur émergeant découvre et la crête des vagues et l’énormité de la mer. De la foule délirante des toits, des murailles, des cheminées, émergeait seule une ville gothique : Cluny d’abord, puis Saint-Séverin, Notre-Dame, la Tour Saint-Jacques, la Sainte-Chapelle, d’autres fantômes encore, au loin. Et ces ombres glorieuses, seules visibles, seules sauvées, semblaient, au regard du jeune homme, célébrer le triomphe d’une pensée persévérante sur la multitude confuse des mouvements et des élans fugitifs. »
« Laurent releva la tête. L’air était si calme qu’un fibre de duvet, une longue et frêle poussière traversa la clarté de la lampe, tranquillement, en ligne droite, comme si elle avait un but et savait ce qu’elle faisait. »
 
Turquin : Bleu foncé et mat, tirant sur l'ardoise.

 

Page 143… la nostalgie du village d’enfance…
« Raymond Pasquier, père de Joseph, avait quitté la ville fort jeune ; mais il aimait d’y revenir. Il méditait de s’y faire construire une sépulture. Lui qui semblait ne s’intéresser qu’à soi-même, il s’intéressait encore à ce berceau de sa tribu. Pour tous les Pasquier de Paris, Nesles demeurait donc la campagne par excellence, l’endroit où l’on rêve de revenir planter sa tente, un nid de souvenirs friands dont la plupart sont illusoires, le lieu du monde où, pour la première fois, on a senti l’odeur des prés fauchés et de la boulange rustique. Enfin les Pasquier de Paris, au regard des Neslois, avaient été longtemps de petites gens sans prestige, des enfants dégénérés, perdus. Et voilà que, tout à coup, s’annonçait une belle revanche. » …. « c’est étonnant comme vous êtes restés de Nesles, vous autres… »
Page 239 le téléscope, peut être est-ce cela aussi. L’arrivée d’outils, leur découverte, alors qu’aujourd’hui nous nous en servons plus, ou nous l’avons oublié, ils sont passés dans l’usage commun, le futile, l’habituel.
C’est le peintre qui parle, il amuse la société avec des anecdotes plus ou moins piquantes :
« le Grand-Duc Cyrille… regarde mon télescope. … « Quel plaisir pouvez-vous prendre à regarder dans cette machine ? » Je lui réponds : « Excellence, quand je mets l’œil à la lunette, il me semble que je sens tourner le monde et le ciel, avec leur mouvement magnifique. – Ah ! Ah ! répond le Grand-Duc, moi, pour que ça me fasse le même effet, il me faut au moins deux bouteilles de champagne. – Ma foi, je réponds, Excellence, le champagne ne nuit pas, au contraire. »
Tout aussitôt, M. Delcambre se lança dans une autre histoire. Il mangeait et buvait à merveille : mais, plus encore que de viandes et de vins, il avait faim et soif d’auditoire et de succès.
 
Page 241, nous sommes au bord de l’Oise, la Pâquellerie permet aussi les promenades en barque. On craint le pire, la noyade, la nuit est profonde. C’est Renaud Censier qui entreprend la traversée.
« L’Oise reflétait le ciel chargé de nuages lactescents. À contre-jour sur ces lueurs, on apercevait la barque, et dans la barque, une ombre immobile. »
 
Littér. D'un blanc de lait. Et dès lors je me suis baigné dans le Poème De la Mer, infusé d'astres, et lactescent (Rimbaud, Poés.,1871, p. 129).Une légère émotion rosissait son teint lactescent (L. Daudet, Entremett.,1921, p. 135).L'Oise reflétait le ciel chargé de nuages lactescents (Duhamel, Nuit St-Jean,1935, p. 220).
 
Suranné ces livres ? Pourtant ils sont pris et repris dans les téléfilms et d’autres romans plus récents. Ainsi ce que je trouve sur Wikipédia : Un passage de La Nuit de la Saint-Jean décrivant, sur une dizaine de pages1, l'exécution des Variations Goldberg au piano par Cécile et les émotions passant par la tête des différents convives à ce moment-là, est la source d'inspiration directe de Nancy Huston pour son roman Les Variations Goldberg écrit en 1981.
 
 
 Turquin :
I. − Adj. masc.
A. − Littéraire
1. Bleu(-)turquin. Bleu foncé et mat, tirant sur l'ardoise. Drap, taffetas bleu(-)turquin; yeux
bleu(-)turquin. La chambre est ouverte au ciel bleu-turquin (RimbaudDern. vers, 1872, p. 164).Les faïences brillaient toujours de leur bleu turquin délicat (MorandDern. jour Inquis., 1947, p. 293).[P. ell. de bleuBarcelone est un cliché sud-américain et les wagons-lits s'y épanouissent au terminus de leur tige en des hôtels qui sont des fleurs d'acajou et de velours turquin (MorandOuv. la nuit, 1922, p. 35).
2. Empl. subst. masc. Pareille à une immensité d'azur, sans une voile, sans une fumée, la mer de faïence bleu-tendre s'étendait à l'infini. Était-il possible de dire ce qu'était ce bleu indéfinissable? Car ce n'était pas le franc azur. Et ce n'était pas le cobalt. C'était beaucoup plus nuancé, beaucoup plus frais, beaucoup plus délicat que le cobalt. Le lapis, alors? Non certes et pas davantage le turquin (DuhamelPassion J. Pasquier, 1945, p. 28).

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