L'émigration outre atlantique de nos ancêtres

Publié le par am blog

L'émigration outre atlantique de nos ancêtres

 

Keskidees…

Oui, qu’est-ce qu’ils disent nos ancêtres les bassignots partis de l’autre côté de l’Atlantique ?

Pourquoi ont-ils quitté leur Bassigny si vert et si humide ?

Qu’ils soient sud-haut-marnais ou nord-haut-saônois, ils étaient nombreux à aller s’embarquer sur l’Attica ou d’autres navires dans le port du Havre.

 

Lors de l’établissement de notre arbre généalogique, nous étions arrivé jusqu’à une certaine Catherine R. Les recherches via internet sur les noms de famille nous avaient amenés à constater qu’une partie de la famille de nos ascendants avaient quitté la France pour l’Amérique, qu’une ville du nom de Frenchville avait été bâtie en Pennsylvanie, que les tombes du cimetière (les américains ont tout numérisé !) portaient les noms de nos concitoyens d’aujourd’hui, que parfois le lieu de naissance inscrit sur ces tombes américaines se trouvait être le village voisin ici en Haute-Saône. L’église même semblait tout droit sortie de notre terroir.

On apprenait en poussant les recherches qu’un noyau de gens de Haute-Marne et de Haute-Saône avaient fondés cette ville, que dans les années 60 on parlait encore le français d’ici… là-bas !

Et puis, les occupations quotidiennes nous occupant au quotidien, ces recherches se sont rangées dans un tiroir et dans la mémoire.

 

Et puis…

Et puis un jour d’errance dans un rayon « fond local » d’une médiathèque, un titre m’interpelle : Keskidees.

Qu’est ce qu’ils disent dans ce livre au drôle de titre ? je tends mon index, fait sortir le livre coincé entre deux histoires haut-marnaises, regarde la couverture… je lis : « émigrés bassignots et comtois aux Etats-Unis », je feuillette, je lis Frenchville, je lis les noms des émigrés…. La voilà ma Tata d’Amérique ! le voilà le tonton de Marcel Arland !!!

Si vous cherchiez des pistes, Didier Desnouvaux et Lionel Fontaine en ont trouvé et les ont réunies dans ce livre paru en 2011, grâce au Club Mémoire 52.

 

Qui étaient-ils ? que sont-ils devenus ? comment ont-ils vécu ?

Pourquoi sont-ils partis ? où ont-ils embarqués ? sont-ils tous arrivés ?

Autant de question, et pas toujours de réponse…

 

Des listes d’embarquement sur un bateau au Havre, des registres d’Etat civil relatant un décès aux Etats-Unis, des registres de mariage, des naissances…

Au fil des pages, on note avec regret que « les archives de Haute-Saône n’ayant pas conservé le dossier correspondant à cette période » (1830-1840).

 

Arrivés là-bas ils ont reçus des terres à cultiver. Les débuts furent difficiles. « Les pépins, les noyaux et les greffes, emportés ou envoyés de France, devinrent bientôt des arbres de plein rapport ».

Les lettres envoyées en France ne racontent pas toujours la vérité. Il ne faut pas inquiéter les parents restés dans le Bassigny.

Certaines partiront à la conquête de l’or dans les conditions que l’on imagine, et que le cinéma n’a pas manqué de nous montrer. On retrouve le nom de Sutter, celui dont la vie est racontée par Blaise Cendrars dans L’or.  Dans L’or, où Cendrars raconte le périple de Mme Sutter, qui passe en gare de Vitrey et de Langres.

"Maintenant, on va à fond de train sur la grande route de France, et par Lure, Vesoul, Vitrey, Langres, on atteint à temps Chaumont pour prendre la malle de Paris. De Chaumont il y a bien le coche d'eau à vapeur qui mène à Troyes, d'où l'on peut atteindre Paris par la voie ferrée, mais Mme Suter a vu au relais de la poste une feuille dans laquelle les dessins d'un certain Daumier exposent tous les dangers que ce nouveau mode de locomotion fait courir aux voyageurs..."

 

Il y eut plusieurs vagues d’immigration. Il y eut ce Zavron dont le nom et l’origine restent assez flous. Il y eut la ruée vers l’or. Il y eut les espoirs déçus… Ils ont combattu dans une guerre civile d’un pays qui n’était pas tout à fait le leur. Ils sont revenus combattre dans un pays, que les leurs avaient quitté, sous l’uniforme d’un pays qui était devenu le leur.

« Tous ont été emportés par le tourbillon d’une guerre civile sur un sol qui, quelques décennies plus tôt, n’était pas le leur ! ».

 

Et il y eut aussi les success story. Les émigrés issus d’un village haut-saônois qui donne son nom, Rosière, à leur nouveau lieu de vie. Des haut-marno-saônois ont laissé leur trace dans l’Histoire des Etats Unis.

 

Ce livre est en rayon à la médiathèque de Fayl-Billot (52). Il est encore disponible à la vente en s’adressant à M. Desnouvaux ( Didier Desnouvaux 4 rue du onze novembre 52700 Aillianville )

 

 

« Tu as souvent évoqué, m’a-t-on dit, ton fameux oncle, qui avait fondé, dans un coin perdu des Etats-Unis, un vrai royaume (on l’appelait le comté d’Arland). L’oncle ? Son associé l’avait abattu ; mais ses biens, son immense domaine ? Tu as écrit, protesté, réclamé ; point de réponse… » (Marcel Arland. « Mais enfin qui êtes-vous ? » Gallimard. 1981. Pp150-151

 

 

L'émigration outre atlantique de nos ancêtres
L'émigration outre atlantique de nos ancêtres


En Pennsylvanie, il est une ville où l'on a parlé français il y a encore peu d'années. Sans doute certains habitants le parle-t-il encore, entre eux, en famille, avec les grands-parents...

Frenchville semble être devenue un quartier de Covington. L'église Sainte-Marie aura été construire par des français venus du Nord de la Haute-Saône, du sud de la Haute-Marne, du Bassigny... Dans son livre dédiés à leur histoire, Thierry Desnouveaux les nommes les Haut-Marno-Saônois.

 

Après recherche dans les sites américains, traduits grossièrement par un moteur de recherches, il est constaté que nos "cousins d'Amérique" ont fait l'objets d'études linguistiques. Ils furent un sujet de thèse car ils avaient garder un peu de France dans leur parlé quotidien. 

Il faut toutefois faire la différence entre le Frenchville, banlieue de Covington, Pennsylvanie, et les autres Frenchville, celui du Maine notamment, proche du Canada...

Ainsi ce livre "La Linguistique" et son chapitre "Les derniers français de Frenchville" 

https://www.cairn.info/revue-la-linguistique-2006-1-page-115.htm

Mougeon, F. & Uritescu, D. (2006). Les derniers français de Frenchville, La Linguistique, vol. 42, fasc. 1, p. 115-128.Caujolle, J. (1972). « Esquisse d’une description du parler français de Frenchville, Pennsylvanie », dans : The French Language in the Americas (Newsletter of the French VIII Section of the MLA), 16, p. 26-32.

 

"Finalement, on retrouve encore quelques locuteurs du français à Frenchville en Pennsylvanie, dont les ancêtres sont venus de l’Est de la France. On retrouve aussi des Acadiens dans la vallée de Saint-Jean au Maine, près de la frontière avec le Nouveau-Brunswick."

http://www.erudit.org/revue/RUM/2006/v37/n2/015836ar.pdf

« Les français d'Amérique : état des faits, état de la recherche, perspectives futures » Luc Baronian Revue de l'Université de Moncton, vol. 37, n° 2, 2006, p. 9-20. 

Pour citer cet article, utiliser l'information suivante : URI: http://id.erudit.org/iderudit/015836ar DOI: 10.7202/015836ar 

 

 

http://www.mercyhurst.edu/sites/default/files/senior-project-document.pdf

1. Frenchville In 1832, 35 from 12 families moved to the area from France and a small pocket of French language and culture emerged. The parcel of land in Covington Township that became Frenchville was given to a Paris merchant to settle a debt; and he was able to convince several families to emigrate there. By 1840, there were 40 families living in the small town. Until the 1940s, French was still spoken fluently in many homes; yet, interestingly, it was not the French of modern France, rather it was the language of 1840s France. By the 1940s, new emphasis was placed on speaking English and children were punished for speaking French in school. By the 1970s, the last pure French speaker had died. The predominantly catholic population that settled the area built St. Mary’s of the Assumption Catholic Church in 1840. The growing congregation quickly outgrew the log structure; and plans to build a new church were made. The French villagers worked together to build a new stone church in 1870; and the famous Frenchville Picnic began in August as a fundraiser to celebrate the opening of the new St. Mary’s Church. One of the oldest traditions in the county, the picnic is still held every summer with music, games, entertainment, and a market. Address/Location: 

 

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1. Frenchville

En 1832, 35 des 12 familles se sont installées dans la région de la France et une petite poche de la langue française langue et la culture ont émergé. La parcelle de terrain à Covington Township qui est devenu Frenchville a été donné à un marchand de Paris pour régler une dette; et il a réussi à convaincre plusieurs familles émigrer là. En 1840, il y avait 40 familles vivant dans la petite ville. Jusque dans les années 1940, en français était encore parlé couramment dans de nombreux foyers; Pourtant, curieusement, il n'a pas les Français de la France moderne, plutôt elle était la langue des années 1840 en France. Dans les années 1940, l'accent a été mis sur l'expression orale Anglais et les enfants étaient punis pour avoir parlé français à l'école. Dans les années 1970, le dernier pur locuteur français était mort. La population majoritairement catholique qui se sont installés l'agglomération St. Marie de l'Église catholique de l'Assomption en 1840. La congrégation croissante rapidement devenu trop grand la structure du journal; et des plans pour construire une nouvelle église ont été faites. Les villageois ont travaillé français ensemble pour construire une nouvelle église en pierre en 1870; et le célèbre Frenchville pique-nique a commencé en Août comme un collecteur de fonds pour célébrer l'ouverture de l'église de la nouvelle Sainte-Marie. L'une des traditions les plus anciennes dans le comté, le pique-nique est encore lieu chaque été avec de la musique, des jeux, de divertissement, et un marché

 

LA NORME LINGUISTIQUE

Textes colligés et présentés par

Édith Bédard et Jacques Maurais

Enfin, sur le plan structural, le bilinguisme croissant des francophones d'Amérique et la situation de diglossie dans laquelle ils évoluent s'accompagnent d'une forte pression de l'anglais. Isolés de la forme standard de la langue, les Cadjins et autres Franco-Américains n'ont d'autre recours que l'emprunt massif et le calque pour exprimer des notions propres à la vie américaine ou pour créer des termes techniques. Par exemple, le parler de Frenchville, un isolat francophone de la Pennsylvanie24, est truffé d'emprunts directs : une factory « usine », des dry-goods« tissus », la next de la plus jeune « celle qui vient après la cadette ». On y trouve aussi des glissements sémantiques provoqués par le bilinguisme (Darbelnet, 1979), le vocable français assumant le sens d'un mot anglais correspondant : j'étais chauffeur devant que je viens ingénieur « j'étais servant de tender avant que je ne devienne conducteur (de locomotive) ». Ingénieur prend l'un des sens de l'anglais engineer« ingénieur, conducteur de locomotive » et devant s'aligne sur before « avant ».

Mais ce qui frappe le plus dans les parlers français des États-Unis est la fréquence d'emploi des calques. Les plus simples consistent en l'emploi de lexèmes français pour exprimer des concepts de l'anglais : ça goûte le whisky « ça a un goût de whisky », sur le modèle de it tastes likeelle est maîtresse de poste « elle est postière » basé sur postmaster ou postmistress. D'autres calques, dont l'effet est plus déstabilisateur pour l'idiome vernaculaire, reflètent des interférences syntaxiques. Ils portent en particulier sur le choix des prépositions : je vais à l'église pour quarante ans « il y a quarante ans que je vais à l'église », sur le modèle de I've been going to church for forty years, je travaille dans sa place« je travaille chez lui » calqué sur I work on his place.

D'autres tendances structurales des parlers français d'Amérique évoquent certains traits des variétés inférieures du français d'Afrique noire ainsi que des parlers créoles à base lexicale française :

1° l'élimination de la flexion verbale en faveur de l'emploi de tours périphrastiques;

2° l'estompement de la distinction de genre et de la marque obligatoire de nombre dans le système nominal;


24 La communauté de Frenchville, située dans le centre de l'État de la Pennsylvanie, fut fondée vers 1830 par un groupe de bûcherons et de fermiers provenant directement de France; la majorité de ces colons étaient originaires de t'est du pays, notamment des départements de la Haute-Marne, de la Haute-Saône, des Vosges et du Haut-Rhin (Caujolle, 1972). Elle se différencie des autres communautés francophones des Amériques par le fait que les colons n'avaient aucun lien avec les régions du nord-ouest de la France qui ont alimenté la migration française vers le Canada, la Louisiane et les Antilles aux XVIIe et XVIIIe siècles. Nous avons pu obtenir une documentation fiable pour deux autres isolats francophones des États-Unis : la région de Old Mines, Missouri (Thogmartin, 1979; Thomas, 1980) et le quartier du Carénage, à Saint-Thomas, dans les îles Vierges américaines (Highfield, 1979). [retour au texte

 

]

CAUJOLLE, J. (1972), « Esquisse d'une description du parler français de Frenchville. The French Language in the Americas », Bulletin de la Section French VIII, Modern Language Association, 26-32.

Le Français canadien parlé hors Québec  

 

 

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Commenter cet article

marine D 29/09/2017 07:16

Intéressant ! Nous avons tous des ancêtres partis aux Amériques, du côté de mon père deux frères partis au Brésil par exemple, j'ai retrouvé des descendants sur le net d'un nom qui se fait rare et l'un d'entre eux a tenté de retrouver les sources exactes, ce nom était limité à une très petite région landaise...

phot'saône 29/09/2017 20:21

Quand c'est un nom rare, ça permet de retrouver plus facilement, effectivement. Pour les noms fréquents et répartis sur toute la France, ça devient plus compliqué.... sans parler des changements d'orthographes au fil du temps, des accents ou... des employés de l'état civil ;)
merci pour votre visite.